L’OURS ET LE RENARD (2023)

Article écrit le 21 juin 2023 par Nghia NGUYEN 
– 180e promotion Cardinal de Richelieu
– Professeur agrégé
au Lycée Jean Monnet (Cognac)

Recension du livre de GOYA (Michel) et LOPEZ (Jean), L’ours et le renard. Histoire immédiate de la guerre en Ukraine, Paris, Perrin, 2023, 348 p.

L’ « histoire immédiate » en question

En dépit de son acceptation dans les cercles universitaires, l’ « histoire immédiate » – que l’on dit aussi « histoire du temps présent » – porte en elle une contradiction intrinsèque avec l’exercice même du métier d’historien à savoir le brouillage des informations et des contextes, des archives inaccessibles, et – pour le résumer plus simplement – l’absence de recul[1]. Cette contradiction est d’autant plus rédhibitoire que l’événement étudié porte non pas sur une évolution qui – quoique récente – est désormais achevée que sur une actualité inachevée, a fortiori une guerre.

C’est pourtant l’exercice auquel se sont confrontés Jean LOPEZ et Michel GOYA dans leur dernier ouvrage : L’ours et le renardHistoire immédiate de la guerre en Ukraine[2]. Un exercice d’autant plus redoutable qu’il concerne un conflit dont la dimension informationnelle et communicationnelle est inédite. Propagandes, censures, manipulations systématiques se font désormais à l’ère de l’INTERNET haut débit, des réseaux sociaux et des algorithmes biaisés qui nous font entrer dans la guerre cognitive.

Une guerre est toujours un affrontement politique et idéologique qui nécessite plus que tout autre événement une capacité de recul et de discernement entre les discours et les faits. La normalité est rompue et l’information devient une véritable arme dans un contexte où ceux qui savent se taisent alors que ceux qui occupent le devant des médias, souvent, ne savent pas. Seuls deux auteurs aussi avertis et chevronnés que Michel GOYA et Jean LOPEZ pouvaient se coller à la tâche : non d’écrire une histoire de la guerre en Ukraine (comme le laisserait entendre le sous-titre de l’ouvrage) mais de « mettre de l’ordre dans la masse des informations »[3] qui déferlent quotidiennement depuis plus d’un an quant à ce conflit. Ils sont, par ailleurs, conscients des limites de leur écriture qu’ils situent davantage dans une ébauche avec tous les risques de biais et d’erreurs que cela comporte, et qu’ils admettent d’emblée.

Historiens reconnus, Michel GOYA et Jean LOPEZ ne sont pas des universitaires de carrière. Le premier a commencé comme sous-officier dans l’infanterie mécanisée avant de devenir officier dans l’Infanterie de marine. Le second a d’abord été officier dans la Marine marchande avant de se lancer dans le journalisme et l’Histoire. Les deux se sont fait connaître par de remarquables travaux en histoire militaire qui font date et renouvellent par bien des aspects un genre mal-aimé dans les cénacles universitaires[4]. C’est donc avec une indubitable rigueur et une intelligence éclairée par un vécu de terrain – dont peu de professeurs d’Histoire peuvent se prévaloir – que les auteurs s’attachent à remettre de l’ordre dans les faits qui font la guerre en Ukraine depuis février 2022.

Qui plus est docteur en Histoire[5], M. GOYA met en avant un savoir-faire d’officier d’état-major, habitué qu’il fut durant des années à rédiger des fiches pour le CEMA.
M. LOPEZ, quant à lui, opère un va-et-vient permanent avec une histoire de la Deuxième Guerre mondiale qui fit déjà de l’Ukraine un lieu de combat de haute intensité[6]. Les deux esprits se questionnent et se répondent tout au long du livre, résumant des débats passionnés dès le déclenchement de l’ « opération militaire spéciale » russe. Jean LOPEZ pose des questions dont beaucoup sont en soi des développements auxquels répond l’ample culture militaire de Michel GOYA. Les deux hommes scrutent l’actualité de manière attentive et approfondie, et la rapportent à l’échelle du terrain, des rapports de force et de la confrontation tactique. Une géographie précise du champ de bataille émerge, qui vient structurer des considérations technico-tactiques souvent négligées si ce n’est incomprises du plus grand nombre. L’ensemble contribue effectivement à la clarification voulue par les auteurs.

Cependant, c’est d’abord dans l’histoire des relations entre l’Ukraine et la Russie que ces derniers veulent inscrire l’amorce de cette clarification. « Aux racines de la guerre » est un propos introductif qui fouille ces relations, essentiellement de la fin de la Première Guerre mondiale au déclenchement de l’ « opération militaire spéciale » (24 février 2022)[7]. Substantiel, il a le mérite de restituer la complexité de la trame historique, défaisant au passage certaines idées relevant davantage des propagandes pro-russe et pro-ukrainienne. La perspective est d’emblée posée. Elle sera factuelle, la plus précise possible en suivant le fil chronologique du conflit et évitera les biais partisans.

Les forces en présence

De manière classique le premier chapitre aborde les forces en présence, analysant les armées russe et ukrainienne comme des forces encore en mutation au moment où la guerre éclate. Au lendemain de la Guerre froide, les deux armées suivent une évolution comparable qui va dans le sens de la déliquescence des capacités et des moyens. Pour la superpuissance russe, la situation est particulièrement problématique. Le déclin démographique conjugué à la perte de territoires importants fait que la Russie subit une perte sensible de population. La Fédération d’aujourd’hui est ainsi deux fois moins peuplée que l’ex-URSS, et l’actuelle armée russe n’est plus l’Armée rouge de la Guerre froide ; encore moins celle qui a écrasé le Nazisme. Cela infirme au passage l’argument selon lequel la Russie serait encore capable de grands sacrifices au plan des pertes humaines.

La réforme des forces armées engagée en 2008 par Anatoli SERDIOUKOV, ministre de la Défense de 2007 à 2012, va dans le sens d’une professionnalisation et d’une modernisation à l’occidentale avec une conscription de complément en soutien. Cette réforme va dans le bon sens du point de vue de l’outil militaire russe qui reste puissant mais dont le redressement est encore inachevé en 2014. La Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD) a été négligée dans des secteurs sensibles, et les savoir-faire tactiques ont été largement oubliés qui ne peuvent être réappropriés sur le court terme. Lorsque Vladimir POUTINE lance l’ « opération militaire spéciale », l’armée russe ne peut mobiliser qu’une force d’assaut réelle de 120 000 hommes seulement. Les guerres de Tchétchénie (1994-2000) et de Géorgie (2008) ont pu alerter sur certaines défaillances de celle-ci, mais l’intervention plus récente en Syrie en a conforté les illusions.

L’armée ukrainienne a suivi une évolution similaire sans pour autant connaître une réforme comparable à celle de SERDIOUKOV. Négligée, elle vit sur d’imposants stocks de matériels de la Guerre froide et garde, surtout, une culture tactique soviétique. Armée de conscription, elle n’est plus vraiment opérationnelle lorsque survient l’annexion de la Crimée en mars 2014. Comme en Russie, on trouve aux côtés des régiments de conscrits des bataillons privés, recrutés par des oligarques et organisés sur une base nationaliste. L’une des premières conséquences de la guerre qui débute sera d’intégrer ces Sociétés Militaires Privées (SMP) dans des forces armées en profonde restructuration.

C’est donc la guerre qui sera la grande réforme de l’armée ukrainienne à partir de 2014. Alors que la Crimée tombe facilement dans l’escarcelle russe, la situation est différente dans le Donbass où Kiev envoie l’armée pour contrer les séparatistes pro-russes. Moscou répond par l’escalade en appuyant les milices pro-russes par de véritables unités interarmes « non indentifiables », dont la puissance de feu et le professionnalisme font rapidement la différence[8]. La défaite ukrainienne fait comprendre l’urgente nécessité pour Kiev de réformer ses forces armées. Le pays aura sept années d’une paix relative pour s’y atteler. Le processus est cependant rapide avec la création d’un comité de coopération OTAN-Ukraine dès 2014.

Cette coopération se traduit très concrètement par une formation technique et un entraînement tactique renouvelés au niveau des compagnies et des bataillons ; la formation d’un véritable corps de sous-officiers ; la certification OTAN de forces spéciales ; la décentralisation du commandement ; la livraison de nouveaux matériels… Etats-Unis, Canada et Grande-Bretagne sont à la pointe de cette réorganisation accélérée des forces armées ukrainiennes, mais la grande plus-value réside surtout dans l’apprentissage d’une planification opérationnelle souple où c’est désormais la mission – et non plus la chaîne de commandement – qui paramètre le processus tactique. L’humiliation de 2014 introduit une mutation de la pensée tactique ukrainienne en rupture avec l’héritage soviétique et russe.

L’échec de l’offensive russe et la concentration des combats dans le Donbass

D’emblée, l’offensive russe de février 2022 est présentée par la Russie comme une « opération militaire spéciale » destinée à prendre le contrôle de l’Ukraine afin d’en chasser un gouvernement « nazi » sous influence étatsunienne. Il ne s’agit pas, selon la propagande russe, d’une déclaration de guerre au peuple ukrainien dont les militaires russes pensent qu’ils seront accueillis en tant que « libérateurs » d’un « peuple frère ». Pour les auteurs, ce discours expliquerait une certaine modération des frappes russes dans les premiers jours de l’opération. Cette volonté de ne pas s’aliéner la population sous-estime cependant le sentiment national ukrainien et la volonté de résistance qui en découle. Partant, elle illustre combien la propagande officielle vient biaiser la stratégie et la planification d’une opération majeure.

Facteurs aggravants : l’opération russe qui démarre le 24 février 2022 se donne des objectifs particulièrement ambitieux. Une attaque au nord, à partir de la Biélorussie, vise à prendre le contrôle de Kiev et à décapiter le pouvoir ukrainien. Une deuxième attaque à l’est vise à fixer et à neutraliser le corps de bataille ukrainien principal dans le Donbass. Une troisième attaque au sud cherche à prendre le contrôle de la façade maritime ce qui aurait pour résultat d’asphyxier économiquement le pays. Paradoxalement, le commandement de ces attaques simultanées reste à la fois centralisé mais géographiquement dispersé dans les trois districts différents d’où partent les forces russes. En clair, il n’y a pas d’unité de commandement au sein d’une chaîne très rigide.

Au nord, nonobstant la surprise initiale, deux batailles vont sauver Kiev. Celle de l’aéroport d’Hostomel au nord-ouest de la capitale et celle de Chernihiv au nord-est. La prise d’Hostomel aurait permis aux forces russes de se projeter quasiment dans Kiev, mais l’échec de ce premier assaut condamne celles-ci à emprunter les rares routes qui mènent jusqu’à la capitale ukrainienne. Les lourdes colonnes mécanisées russes s’entassent sur ces axes rapidement encombrés, séparés par l’immense réservoir du Dniepr situé au nord de la ville, et qui oblige toute force terrestre assaillante à se diviser. Bloqués dans la banlieue de Kiev à l’ouest de ce réservoir et à Chernihiv à l’est, les Russes n’ont de toute façon pas les forces suffisantes pour prendre d’assaut une métropole aussi importante.

Au nord-est, à Kharkiv, c’est également l’échec. La deuxième ville d’Ukraine n’est pourtant située qu’à moins d’une cinquantaine de kilomètres de la frontière russe. Majoritairement russophone, elle n’en est pas pour autant plus russophile, et les Ukrainiens parviennent à mettre en place une résistance suffisamment efficace pour contenir les Russes dans la banlieue nord.

Il n’y a donc qu’au sud que les forces russes connaissent une progression significative, parvenant à sortir de la Crimée pour faire tomber Melitopol et Marioupol à l’est ; Kherson à l’ouest. Cependant, à Marioupol, la résistance ukrainienne dans le complexe métallurgique Azovstal fixe et use d’importantes forces russes. Dans le secteur de Kherson, ces dernières ne parviennent pas à s’emparer de la ville portuaire de Mykolaïv ni à élargir la tête de pont sur la rive droite du Dniepr.

Fin mars 2022, l’ « opération militaire spéciale » ne progresse plus. Certes, les Russes sont parvenus à joindre la Crimée au Donbass mais on observe un enlisement dans les trois secteurs d’attaque. L’armée russe n’a pas de combattants en nombre suffisant et marque le pas devant les villes importantes. Avec le coup d’arrêt au nord devant Kiev et Kharkiv, et face à une « opération militaire spéciale » qui se transforme en une véritable guerre de haute intensité, l’offensive russe est un échec. Elle oblige Vladimir POUTINE a un mouvement de bascule vers le Donbass où se reconcentrent les forces retirées du nord. MM. GOYA et LOPEZ remarquent l’inflexion du discours politique à partir de ce moment. Alors qu’il était question d’une « dénazification » de l’Ukraine le 24 février, à partir du 25 mars il s’agit désormais de libérer complètement le Donbass.

Une deuxième phase se distingue donc avec une concentration des combats dans cette région divisée en deux oblasts – celui de Louhansk et celui de Donetsk – incomplètement contrôlés par les forces de Moscou. Les Ukrainiens temporisent tout en se renforçant grâce à l’aide occidentale, massivement américaine. S’il est encore difficile d’adapter une force encore largement équipée de matériels soviétiques, l’armée ukrainienne de 2022 ne ressemble plus à celle de 2014. Organisée en brigades territoriales et en brigades de manœuvre[9], alimentée par des vagues de mobilisation qui lui donne l’avantage numérique sur les forces russes, elle est désormais aguerrie et apprend à se servir rapidement du matériel occidental.

Ces livraisons d’armes concernent d’abord les munitions, l’armement léger et des systèmes antichars FGM-148 Javelin et N-LAW, mais avec l’intensification des combats elles montent rapidement en gamme avec des canons lourds, des systèmes antiaériens et des engins blindés. C’est dans le domaine de l’artillerie que l’occidentalisation des matériels va produire les effets les plus efficaces. La chose n’était pas gagnée d’avance avec l’hétérogénéité d’un parc d’artillerie où calibres et modèles se multiplient. On compte ainsi jusqu’à 9 systèmes d’artillerie différents en 155 mm ! Cependant, les CAESAR français et, surtout, les HIMARS américains rééquilibrent le rapport de force avec l’artillerie russe. Très mobiles, frappant plus loin et plus précisément, ces systèmes permettent aux Ukrainiens de reprendre l’avantage dès le mois de juillet.

La contre-offensive ukrainienne

Elle s’organise durant l’été où, après avoir donné le change dans le secteur de Kherson, les forces ukrainiennes surprennent les Russes avec une percée dans la région de Kharkiv. Dans un pays plat au climat continental comme l’Ukraine, la voie ferrée est essentielle pour le transport de pondéreux a fortiori pour les armées et leurs matériels. Elle est le moyen de transport le mieux adapté à l’hiver et au dégel. Partant, les objectifs dictés par la géographie n’ont pas changé depuis la Deuxième Guerre mondiale, et les carrefours ferroviaires sont d’emblée des points névralgiques qui sont autant d’objectifs majeurs dont il faut prendre le contrôle pour assurer les flux logistiques des forces. Un certain nombre de villes sont ainsi des nœuds ferroviaires dessinant nettement les axes offensifs.

La contre-offensive ukrainienne apparaît clairement à la fin de l’été lorsque Koupiansk tombe le 10 septembre. Située à une quarantaine de kilomètres de la frontière avec la Russie, à environ 320 kilomètres de Voronej, la ville est un hub avec des lignes de chemin de fer qui partent dans cinq directions différentes. L’artère logistique russe qui relie Voronej au saillant d’Izioum passe par Koupiansk dont la perte est catastrophique pour l’armée russe. En fait, ce sont trois nœuds ferroviaires qui sont ciblés dans ce secteur : Koupiansk, Izioum et Lyman. Les trois sont repris par les Ukrainiens mais c’est la perte du premier – le plus important – qui déstabilise véritablement le dispositif russe. C’est à la fin du mois de septembre – suite à ce revers majeur qu’il ne peut cacher – que Vladimir POUTINE annonce une mobilisation de 300 000 conscrits.

Les deux auteurs montrent que cette mobilisation, accompagnée de la suspension des fins de contrats pour les engagés volontaires, est dangereuse pour le pouvoir russe lui-même. Ayant jusqu’à présent plus ou moins bien tenu la société russe à l’écart de l’ « opération militaire spéciale », POUTINE prend désormais le risque de faire entrer la guerre dans les foyers russes et, avec elle, une critique politique. À cette date, MM. GOYA et LOPEZ remarquent que selon les chiffres – sous-estimés – du FSB, 261 000 Russes ont déjà fui la conscription en choisissant l’exil. Cette situation tendue met en exergue le phénomène Wagner dont la montée en puissance correspond, en fait, à une chute de la capacité offensive des forces russes. C’est à ce moment que la SMP de l’oligarque Evgueni PRIGOJINE – allant jusqu’à recruter dans les prisons – déploie entre 50 et 60 000 hommes et qu’elle se lance dans la bataille d’attrition de Bakhmout.

Déséquilibré dans le Donbass, le front russe est aussi mis à mal par une deuxième séquence de la contre-offensive ukrainienne dans le secteur de Kherson cette fois. La reconquête de la ville au mois de novembre, rejette les Russes sur la rive gauche du Dniepr. Incapables d’élargir une tête de pont grande comme un département français (5000 km2 environ), acculées au fleuve dont l’embouchure est large de 24 km, les forces russes sont dans une situation intenable. Leurs lignes de ravitaillement – celles qui traversent le Dniepr mais aussi la rocade qui longe la rive orientale – sont à portée de l’artillerie ennemie. L’arrivée d’une quinzaine de brigades ukrainiennes en renfort ne laissent pas d’autre choix qu’un repli en bon ordre avant l’hiver sous peine d’une destruction à court terme.

Un an d’enseignement

Le revers de Kherson est d’autant plus problématique que la Flotte russe est quasiment chassée des eaux occidentales de la Mer Noire. Nonobstant l’absence d’une véritable force navale, les Ukrainiens ont réussi à tenir à distance les bâtiments de guerre ennemis. En détruisant le navire-amiral de la Flotte de la Mer Noire le 14 avril 2022[10], les Ukrainiens remportent bien plus qu’une victoire tactique au demeurant sans conséquence sur le rapport de force. Non seulement ce sont deux missiles de croisière de fabrication ukrainienne[11] qui touche mortellement le Moskva, mais ce dernier est aussi le bâtiment de guerre le plus important à être coulé au combat depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. La victoire est donc avant tout symbolique d’autant plus qu’elle est suivie de la destruction et de l’endommagement d’autres navires. À partir de juin, la livraison de missiles antinavires Exocet français et Harpoon américains finit de verrouiller le littoral ukrainien. Tirés de la terre, ces armes redoutables repoussent encore plus loin les bâtiments de guerre russes alors que, dans le même temps, CAESAR et HIMARS empêchent toute occupation de l’Île des Serpents. La Flotte de la Mer Noire est contrainte de se replier sur la base navale de Sébastopol où elle continue de subir en surface et dans les airs des attaques menées par des drones cette fois. La bulle de protection étant insuffisante, y compris au-dessus de Sébastopol, une partie de la Flotte est encore repliée vers la base de Novorossiisk. Le volet naval d’une guerre considérée comme essentiellement aéroterrestre demeure à ce stade un cas d’école en matière de déni d’accès.

Le déni d’accès est également aérien. Hormis les premières semaines de l’ « opération militaire spéciale », le ciel ukrainien est resté quasiment vide d’avions et d’hélicoptères du fait de l’efficacité des systèmes anti-aériens (notamment MANPADS) et de pertes importantes[12]. Un an après le début de l’invasion russe de 2022, l’armée russe ne maîtrise toujours pas le ciel, préalable indispensable selon les doctrines occidentales pour obtenir la décision au sol. La comparaison avec les campagnes aériennes américaines durant les guerres du Golfe est ici frappante. En Ukraine, ce sont l’artillerie et les drones (consommables et low cost) qui remplacent le soutien air-sol (Close Air Support) jusqu’à présent assuré par les avions et les hélicoptères.

S’appuyant sur plusieurs couches de détection – satellites, avions d’alerte avancée AWACS, drones HALE de type Global Hawk – le système anti-aérien ukrainien est actuellement en mesure d’intercepter les 2/3 des missiles russes. Si la Russie parvient à contourner l’embargo sur les composants électroniques indispensables à la construction de ces derniers, ses stocks de missiles semblent épuisés ou sur le point de l’être. L’utilisation de ces armes se ferait de plus en plus à flux tendus dès leur sortie d’usine. Quoi qu’il en soit les frappes missiles russes sont à ce stade de la guerre plus ponctuelles, et on voit l’engagement de systèmes plus anciens voire l’utilisation de systèmes à contre-emploi. Ces frappes sont surtout un échec car elles n’ont pas permis la neutralisation des réseaux ferroviaire et électrique ukrainiens.

Une guerre plutôt classique

Lorsque l’entretien entre Michel GOYA et Jean LOPEZ s’achève, sans préjuger de ce que sera la poursuite du conflit dans un sens comme dans l’autre, nous sommes en mars 2023. La grande contre-offensive ukrainienne du printemps est dans tous les esprits et les intuitions des deux auteurs quant à l’endroit où s’exercera le choc principal restent à confirmer. S’appuyant cependant sur des considérations géographiques et tactiques fondées à la fois sur leur (grande) culture historique et militaire, ils ne devraient pas se tromper sensiblement sur ce point, et c’est cela que l’on appréciera le plus dans L’ours et le renard.

MM. GOYA et LOPEZ ne parlent pas de leurs convictions qu’elles soient en faveur de Kiev ou de Moscou. Ils s’en tiennent aux faits qu’ils essayent d’établir avec prudence et objectivité à partir d’un appareil critique. Leurs échanges nous emmènent sur le terrain avec des cartes, et mettent à portée du profane des notes substantielles permettant de comprendre ce qu’est un AWACS, un missile antichar Javelin ou N-LAW, un système d’artillerie HIMARS ou CAESAR… Le raisonnement reste à l’échelle du théâtre d’opération et donne sens à une logorrhée médiatique souvent simpliste et désordonnée.

Conscients des limites de leur étude, ils se gardent bien de donner une conclusion qui de toute manière n’existe pas encore. Des pistes de réflexion et des observations sont avancées quant à une confrontation qui – avec la durée – ressemble de plus en plus à une guerre classique où l’on assiste au retour d’une certaine rusticité avec l’épuisement des stocks d’armements HIGH-TECH et leur utilisation à flux tendus. Même le volet cyber du conflit décevra ceux qui s’attendaient à un « Pearl Harbor numérique » côté ukrainien, non qu’il n’ait existé de cyberattaques (dans les deux sens) mais celles-ci n’ont en rien produit des effets décisifs.

Bref, un livre intelligent pour entrer dans un conflit qui se poursuit encore.


  • [1]– Cf. La figure universitaire du genre est SOULET (Jean-François), L’histoire immédiate. Historiographie, sources et méthodes, Armand Colin, 2012, 256 p.
  • [2]– Cf. GOYA (Michel) et LOPEZ (Jean), L’ours et le renard. Histoire immédiate de la guerre en Ukraine, Paris, Perrin, 2023, 348 p.
  • [3]– Ibid. p. 9.
  • [4]– Cf. Michel GOYA s’est imposé comme spécialiste de la Première Guerre mondiale et d’une histoire militaire s’intéressant essentiellement à la tactique et à la condition militaire. Jean LOPEZ, lui, s’est imposé comme l’un des meilleurs spécialistes français de la Deuxième Guerre mondiale, plus particulièrement du conflit germano-soviétique.
  • [5]– Cf. GOYA (Michel), La chair et l’acier. L’armée française et l’invention de la guerre moderne (1914-1918), Éditions Tallandier, 2004, 479 p.
  • [6]– Cf. On notera parmi son abondante bibliographie LOPEZ (Jean), Le chaudron de Tcherkassy-Korsun et la bataille pour le Dniepr (septembre 1943-février 1944), Paris, Economica, 2011, 434 p.
  • [7]– Cf. Cf. GOYA (Michel) et LOPEZ (Jean), L’ours et le renard. Histoire immédiate de la guerre en Ukraine, op. cit. pp. 21-66.
  • [8]– Cf. Les Battalions Tactical Group ou BTG.
  • [9]– Cf. Les brigades territoriales sont essentiellement constituées de conscrits dont la mission est de tenir localement un territoire. Les brigades de manœuvre sont des unités plus lourdes, plus mobiles et mieux armées. Elles constituent le fer de lance des forces ukrainiennes.
  • [10]– Cf. Le croiseur lance-missiles Moskva, classe Slava.
  • [11]– Cf. Le R-360 Neptune est un missile de croisière antinavire ukrainien dérivé du Kh-35 Kayak russe dont il améliore le système de guidage et la portée.
  • [12]– Cf. Au moment où l’OTAN multiplie les exercices aériens interalliés, notamment Air Defender 23 (en juin 2023), cette caractéristique du conflit interroge sur ce que serait l’emploi de l’arme aérienne dans un conflit de haute intensité à une époque où pilotes et avions sont des ressources plus que jamais coûteuses et complexes à former et à construire.

Résilience et esprit de défense

Par Comité de la Charente

La résilience fait partie de ces mots couramment utilisés dans l’actualité. Son usage est devenu commun au fur et à mesure de son élargissement sémantique.
Cela reste très certainement lié à la perception grandissante dans l’opinion publique des risques et des menaces qui pèsent sur la société, mais aussi des fragilités de cette dernière.
Est-ce pour autant que la notion de résilience est mieux saisie notamment lorsqu’elle est appliquée à la Nation ?
Comment interpréter un usage du terme qui, aujourd’hui, s’est tellement élargi qu’il fait parler d’abus voire de galvaudage ?
Comme si l’emploi du mot connaissait une inflation qui le viderait de sa substance plus qu’elle nous permettrait d’en comprendre le sens profond ?

Questionner la résilience de la Nation c’est questionner la Défense nationale dans son essence même car, de nos jours, les acteurs de cette Défense ne peuvent porter à eux seuls une crise ou une guerre.
La qualité de ces derniers ne peut suffire compte tenu de leur faiblesse en volume comme en moyens, et eu égard à l’ampleur de menaces devenues hybrides.
Plus que jamais l’adhésion de la société aux enjeux, sa capacité à subir les traumatismes sans être désemparée, sa capacité à garder une cohésion et une cohérence, sont nécessaires à la réalisation des missions de défense.
La résilience est, par conséquent, un « Esprit de défense » – conjugaison à la fois d’une capacité à subir sans céder et d’une volonté de se relever – qui doit irriguer l’ensemble de la société.

Cette approche ne peut donc être technique ni fonctionnelle, car elle nous oblige surtout à scruter ce qui dans les profondeurs de la société – et de la civilisation dont elle en est l’héritière – participe ou non à cette capacité.

De Associé à Auditeur IHEDN

Comment, à la retraite depuis quelques années, passer du statut d’associé au titre d’une association régionale des auditeurs de l’IHDN au statut d’AUDITEUR sans critère d’âge ?

Tout simplement en suivant une session du cycle « Intelligence économique et stratégique » de l’IHEDN – École militaire, Paris. 
Les formations IES de l’IHEDN bénéficient de l’intervention d’experts et d’institutions telles que le SGDSN et son nouveau service VIGINUM, la DGSE, la DGSI, la DRSD, TRACFIN, la Direction du renseignement douanier, le Ministère des affaires étrangères ou encore le PNF.
https://lnkd.in/eHGxvH9D

Alain Juillet – Jean-Marc Brault de Bournonville – Nicolas Moinet (référent intelligence économique à l’IHEDN)
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Le SNU en 2023

Communication de Sarah El Haïry
Secrétaire d’État chargée de la jeunesse et du SNU

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Mesdames et Messieurs les secrétaires généraux des associations d’auditeurs de l’IHEDN,

Chers amis,

Madame Sarah El Haïry, secrétaire d’état chargée de la jeunesse et du SNU a souhaité vous adresser personnellement un courrier dans lequel elle reprécise ce qu’est le service national universel, son ambition et ses objectifs, car plus que jamais il est nécessaire d’encourager et développer la culture de l’engagement chez les jeunes.

Ce courrier a vocation à être largement diffusé auprès de vos membres, auditeurs et membres associés de vos associations, car tous n’ont pas forcément une idée claire de ce qu’est le service national universel, SNU dans lequel votre engagement pourra être davantage sollicité.

Sincères amitiés.

Jérôme de LabriffePrésident de l’Union-IHEDN

L’IHEDN, c’est QUOI ?

INSTITUT DES HAUTES ÉTUDES DE DÉFENSE NATIONALE

Une Histoire – Une Culture – Un Engagement

1936 : Sous l’impulsion de l’Amiral CASTEX, création du Collège des Hautes Etudes de Défense Nationale.
1948 : L’IHEDN ouvre une session de formation par recrutement élargi, à des personnes particulièrement qualifiées au point de vue économique et social.
1997 : L’IHEDN devient un établissement public administratif, placé sous l’autorité du Premier Ministre. 

Ses missions : 

  • Développer une culture de défense globale.
  • Participer au renforcement de la cohésion nationale.
  • Contribuer au développement d’une réflexion stratégique.

Ses actions majeures : 

  • Réalisation de travaux d’analyse et de réflexion sur l’évolution de la société.
  • Organisation de formations thématiques (nouveaux systèmes d’armes, intelligence économique, stratégie d’influence, lobbying, sécurité numérique etc..).
  • Formations d’auditeurs lors de sessions nationales et régionales qui ont vocation à s’engager au sein de l’Union-IHEDN, avec pour mission la diffusion de l’esprit de défense dans toutes les strates de la société.

La marque de fabrique de l’Union-IHEDN :

  • Un maillage territorial de près de 6000 auditeurs et membres associés, positionnés au plus près de centres de décision et rassemblés au sein d’associations régionales et de comités départementaux.
  • Des auditeurs et membres associés de haut niveau, issus de toutes les composantes de la société.
  • Le bénévolat.

Les sites internet à consulter :

Pour candidater à une session, prendre contact avec le président régional Poitou-Charentes Paul MORIN : paul.morin@orange.fr

Le Comité d’Éthique de la Défense (COMEDEF)

Article écrit le 21 décembre 2022 par Nghia NGUYEN 
– 180e promotion Cardinal de Richelieu
– Professeur au Lycée Jean Monnet (Cognac)

Une création récente

Le Comité d’Éthique de la Défense (COMEDEF) a été créé le 10 janvier 2020 par la Ministre Florence PARLY. Constitué de 18 membres représentatifs, entre autres, du monde des armées, de la recherche et du droit, il a à sa tête un grand commis de l’État, Bernard PÊCHEUR, secondé par l’ancien CEMA, le Général d’armée Henri BENTÉGEAT.

Les avancées scientifiques de la quatrième révolution industrielle, notamment dans le domaine des NBIC (1), posent de graves questions anthropologiques à l’ensemble de la société si ce n’est à la civilisation elle-même. Les armées n’échappent pas à ce questionnement à travers des faits déjà concrets à l’endroit du degré d’autonomie à accorder aux systèmes d’armes, à l’appréhension de nouveaux espaces de bataille mais aussi à l’intégration de capacité nouvelles dans l’organisme des combattants.

Le COMEDEF a, donc, pour mission de réfléchir sur ces questions profondes qui sont de nature à transformer radicalement les guerres qui arrivent. Développant une « réflexion éthique » qui doit accompagner de manière permanente les évolutions scientifiques, il inscrit son action dans une dimension prospective. Le COMEDEF émet donc des avis afin d’informer et de renseigner le MINARM. Il émet des propositions et des recommandations, et ses travaux peuvent être rendus publics. Au-delà, il permettra à notre pays d’élaborer une position internationale en cohérence avec ses valeurs politiques. Avec un logo représentant une boussole, le COMEDEF a pour vocation de donner un cap.

C’est donc pour présenter le comité, sa finalité et ses missions, que Bernard PÊCHEUR s’est rendu sur la BA 709 le mardi 29 novembre 2022. Accompagné par Rose-Marie ANTOINE et Christine BALAGUÉ (deux des dix-huit membres du comité), il fut accueilli par le Colonel Thierry KESSLER-RACHEL, commandant la base aérienne, et le Lieutenant-colonel Thibault RICCI, commandant l’École de l’Aviation de Chasse (EAC). Spécialiste en cyberdéfense, le Colonel KESSLER-RACHEL fut, également, rapporteur du COMEDEF avant sa prise de commandement de la BA 709. Désirant sensibiliser les élèves pilotes – et futurs officiers de l’AAE – aux questions éthiques, il a noué un partenariat avec le COMEDEF qui fait entrer cette réflexion dans le cursus de formation des futurs pilotes de combat.

C’est devant un parterre de personnels de l’EAC, en présence de la presse locale, que les trois membres du COMEDEF présentèrent leurs missions et les travaux jusqu’à présent réalisés : avis sur la défense spatiale, sur l’environnement numérique des combattants, sur l’éthique dans la formation des militaires, sur la notion d’intégration à introduire dans l’usage des SALA (2), sur le soldat augmenté… Avec en filigrane à tous ces thèmes la question omniprésente des avancées en matière d’intelligence artificielle.

De quoi parle-t-on ?

Si l’initiative est éminemment utile, pour ne pas dire d’une urgente nécessité, elle déçoit cependant dès sa présentation. Haut fonctionnaire et juriste de formation, rompu au service de l’État et aux discours institutionnels, M. PÊCHEUR s’est livré à un exercice oratoire particulièrement normatif où son assurance renouvelée dans le Droit, en la constitution et les lois tient lieu de cadre à toute réflexion éthique. « La démarche du COMEDEF s’appuie sur le droit commun qui s’applique à l’ensemble de la société » et « selon le principe de la dignité humaine » affirma t-il. Or, c’est oublier que le droit reste bien relatif et que les lois peuvent évoluer et changer. Surtout, c’est ne pas vouloir dire que la nature humaine c’est justement cela que la révolution du transhumanisme – qui procède directement des NBIC – propose de transformer.

Privilégiant une approche purement juridique des problèmes, le président du COMEDEF engage sa réflexion à partir d’une confusion – qu’il se garde bien de lever – entre les mots «  Éthique » et «  Morale ». Cette confusion, particulièrement conforme à l’air du temps politique et médiatique, est pourtant préjudiciable à l’essentiel. Elle dit surtout ce que l’on désire occulter.
Alors que la Morale se donnera les moyens (valeurs, principes) de distinguer fondamentalement le Bien du Mal, le juste de l’injuste, l’Éthique, elle, se posera comme une réflexion ne s’intéressant pas directement aux objets de la Morale mais à la manière de les (re)définir dans le relativisme voulu par l’époque. C’est donc avant tout à la Morale de précéder et d’éclairer les lois et non aux lois de dire, in fine, ce que devrait être une morale confondue avec l’éthique. Les deux termes ne sont pas synonymes quand bien même les contemporains ont-ils fini par confondre, eux aussi, la fin et le moyen.

L’Éthique dont parle M. PÊCHEUR n’est, au fond, qu’une judiciarisation des évolutions scientifiques et technologiques appliquée aux affaires militaires, dont on se demande s’il y a une place réelle pour une vraie réflexion morale au-delà d’un discours convenu et rhétorique sur la démocratie et l’importance des lois pour garantir la dignité des militaires et de la société.
La place faite au sein du COMEDEF à ceux qui auraient le plus à apporter en matière de Morale et d’Éthique – philosophes, intellectuels, théologiens – dit, à elle seule, l’orientation dans laquelle les promoteurs du comité ont voulu qu’il s’inscrive.

Certes, on trouvera un philosophe en la personne de Jean-Baptiste JEANGÈNE VILMER. Cependant, et sans remettre en cause l’excellence de ses travaux, ce dernier ne représente pas ce que le monde philosophique actuel produit de mieux sur les questions de l’Éthique et du transhumanisme. Recherchant avant tout « des propositions impactantes », le COMEDEF perçoit en fait le débat de fond comme un facteur de paralysie et sacrifie la finalité même de l’Éthique.

Le COMEDEF, un trompe-l’œil ?

« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. » La célèbre citation de BOSSUET n’a malheureusement pas pris une ride en ce début de XXIe siècle. Chaque fois que l’on fuit le sens d’un phénomène, on se condamne à un déni qui se rappellera, tôt ou tard, quand bien même se trouverait-on dans les cimes de l’État. Souvent dramatique pour les individus, ce rappel aux réalités humaines pourrait être catastrophique pour la société.

Les questions ne furent pas nombreuses mais quelques-unes furent néanmoins posées quant à la marge de manœuvre du COMEDEF et, au-delà, de la France pour limiter ou s’opposer aux évolutions imposées par les progrès des NBIC. Sachant que ce sont les États-Unis et la Chine qui, aujourd’hui, donnent le tempo en matière de recherche, d’innovations et de pratiques. La France n’a fait que suivre plus ou moins vite, mais elle a toujours fini par suivre comme en témoigne, par exemple, la possibilité désormais donnée aux drones d’exercer des frappes (3). L’alignement stratégique sur les États-Unis ainsi que la mise aux normes OTAN de nos forces armées à tous les niveaux montrent aussi qu’à terme il nous sera impossible de faire différemment en matière de principes lorsque le champ de bataille sera essentiellement robotisé et digitalisé (4). Quant à la distinction entre SALA et SALIA, si elle tient encore aujourd’hui, elle est d’ores et déjà indexée sur la marche de l’intelligence artificielle dont on ne voit pas en quoi la vitesse d’analyse, la capacité à interpréter et à concevoir (5), les possibilités qu’elle donne d’emblée en matière de guerre cognitive ainsi que la volonté, in fine, d’accéder un jour à une IA forte, n’élimineront pas à terme la partie humaine du contrôle de la décision.

Le plus grave demeure cependant la capacité d’aveuglement dont pourraient faire preuve certains membres du COMEDEF sur les sujets même de leurs réflexions. Ainsi, à une autre question posée sur la révolution du transhumanisme, Christine BALAGUÉ, professeur spécialiste des questions numériques, mit en avant les fantasmes portés par le transhumanisme qui en feraient davantage un mythe qu’une réalité ; allant jusqu’à affirmer que « des humains contrôlés par la technologie, ça n’existe pas » (sic). Ironie du sort : au lendemain même de cette affirmation, Elon MUSK annonçait que sa firme Neuralink sera en mesure d’implanter un premier appareil connecté dans un cerveau humain dans les six prochains mois (6).

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  1. Cf. Acronyme pour Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique et Cognitivisme. Les NBIC sont les domaines dans lesquels s’opèrent, de nos jours, les ruptures majeures contemporaines permettant l’entrée de l’Humanité dans l’ère de l’augmentation et du transhumanisme.
  2. Cf. DANET (Didier), « Pourquoi la France a renoncé aux SALA », DSI, 157, janvier/février 2022. L’article reprend la réflexion du COMEDEF qui propose les SALIA (Système d’Arme Létal Intégrant de l’Autonomie) à la place des SALA (Système d’Arme Létal Autonome).
  3. Cf. Le propos n’est pas une opinion sur le bien-fondé ou non d’armer les drones, mais il est de rappeler les longs débats qui ont précédé cette décision d’employer les drones pour des frappes comme le faisaient déjà Américains et Britanniques depuis des années. Débats dans lesquels il n’était pas rare d’entendre politiques et militaires dire qu’ « on ne fait pas la même guerre que les Américains », que l’ « on n’a pas la même culture qu’eux », qu’ « on s’impose toujours des limites »…
  4. Cf. JDEF, « Robots : des nouveaux soldats ? », 19 décembre 2022. Cette émission du Journal de la Défense présente le COMEDEF.
  5. Cf. Les capacités de l’agent conversationnel ChatGPT de la firme OpenAI présenté pour la première fois en novembre 2022.
  6. Cf. Annonce faite par Elon MUSK le 30 novembre 2022. Cet implant sera une interface permettant à un individu de communiquer par la pensée avec un réseau connecté. L’objectif sera dans un premier temps de pouvoir rendre la vue ou de permettre à un tétraplégique de se mouvoir. Ce bond technologique (breakthrough device) relève de l’INTERNET des corps ou IoB (INTERNET of Bodies) c’est-à-dire de l’intégration dans le corps humain d’objets connectés. Il existe trois générations d’IoB : celle des objets externes connectés au corps (INTERNET of Things ou IoT), celle des implants (capteurs de contrôle médicaux) et celle de la fusion en temps réel homme/machine avec un réseau extérieur. L’annonce du 30 novembre 2022 renvoie à cette dernière génération dite des « corps embarqués ». Elle illustre le problème que porte le transhumanisme dans son essence même. Partant d’une problématique réparatrice – qui peut être légitime car médicale -, il ouvre sur une problématique d’augmentation propre à changer la nature même de notre humanité. Le délai de six mois annoncé par M. MUSK est celui que demande l’approbation administrative de la Food and Drug Administration (FDA), l’agence de santé publique étatsunienne. Mise à jour du 29 mai 2023 – Neuralink a annoncé, le jeudi 25 mai, disposer désormais de l’autorisation administrative pour pouvoir tester ses implants cérébraux.

Réserve Communale de Sécurité Civile

Par Maxence JOUANNETAuditeur du Comité Aunis-Saintonge
– Colonel de Sapeurs-Pompiers en retraite
– Ancien directeur départemental du SDIS 87 – Limoges

Mémoire et Jeunesse

La commission Mémoire et Jeunesse de la FNAM

La commission mémoire, une des huit commissions de la Fédération nationale André-Maginot (FNAM), est placée sous l’autorité d’Henri Schwindt, président délégué de la FNAM, et repose sur deux pôles : Mémoire et Jeunesse.

La commission Mémoire représente le deuxième poste de fonctionnement de la Fédération. Elle a pour vocation principale la préservation et la transmission de la mémoire. 

Sa nouvelle ambition : se tourner vers l’avenir en impliquant la jeunesse du pays. Elle l’amène à élaborer des partenariats pour faire vivre les valeurs de la République tout en relayant les messages de paix, d’engagement et de fraternité des « anciens » combattants vers les plus jeunes.

La Fédération nationale André-Maginot s’engage sur plusieurs chantiers dans sa mission de transmission de la mémoire en s’amarrant à plusieurs dispositifs dont le succès n’est plus à démontrer :

– Les Rallyes citoyens. 
– Les Classes de Défense et de Sécurité Globales (CDSG).
– Les Cadets de la Défense.

En pièce jointe, une copie du dossier Mémoire et Jeunesse  
[La Charte N° 1 – Janvier – Février – Mars 2022]
CHARTE-1-2022_Mémoire et Jeunesse_Web.pdf

L’original est aussi téléchargeable sur le site de la FNAM : 
© https://www.federation-maginot.com/pour-relire-les-numeros-de-la-charte-2022-cliquez-sur-celle-que-vous-voulez-consulter/

Le rallye citoyen : une manifestation citoyenne autour de l’Esprit de Défense

Article écrit le 24 mars 2023 par Nghia NGUYEN 
– 180e promotion Cardinal de Richelieu
– Professeur au Lycée Jean Monnet (Cognac)

Manifestation annuelle organisée par le Trinôme académique (1) et les acteurs de la Défense (armées, Gendarmerie nationale, Police nationale, SDIS, protection civile, associations), le rallye citoyen a pour vocation de faire vivre concrètement la citoyenneté à travers un apprentissage de la cohésion et de l’engagement autour de l’Esprit de Défense. Il se déroule dans le camp militaire Broche situé sur la commune de Dirac, à une quinzaine de kilomètres au sud-est d’Angoulême.

Pilotés par la Délégation Militaire Départementale de Charente (DMD 16), les rallyes citoyens débutent par un lever de drapeau en présence des équipes lycéennes, des organisateurs des différents ateliers et de l’autorité publique représentée par le Préfet ou son second. À l’issue de cette ouverture, ce sont entre 15 et 20 ateliers que les élèves parcourent jusqu’en fin d’après-midi. Les activités présentées y sont variées allant du simple questionnaire au parcours d’obstacles en passant par du tir (plomb/laser) et les gestes de premiers secours. Utilisation d’une boussole et lecture d’une carte, portage d’un blessé sur un brancard, pose d’un garrot, maniement d’une lance d’incendie sont autant d’initiations dispensées sous forme d’épreuves chronométrées.

Tout en apprenant des gestes concrets dans une ambiance stimulante (port d’équipements, utilisation de matériels, sollicitation à la fois de la réflexion et des capacités physiques), les lycéens sont incités à agir dans un esprit d’équipe où goût de l’effort, dépassement de soi et action collective sont évalués. Ils sont dans le même temps sensibilisés aux problématiques de notre défense contemporaine : conflits militaires, sûreté intérieure, protection civile, sécurité routière et jusqu’aux enjeux historiques et mémoriels (2).

Les rallyes citoyens de l’année scolaire 2022-2023

Après deux victoires consécutives en 2019 et 2021 (3), le Lycée Jean Monnet est revenu dans la course le mercredi 12 octobre 2022 affrontant 12 autres lycées charentais soit 17 équipes adverses (4). Pour ce rallye qui s’adressait à des élèves du niveau de Première, Marie, Mathéo, Sasha, Adrien, Ilan, Malo, Mathis et Youri formaient une équipe bien décidée à l’emporter : les Robins urbains.

En dépit de ce moral élevé, de réelles performances et d’une tenue exemplaire remarquée par tous les organisateurs, les Robins urbains n’arrivèrent malheuresement qu’en deuxième position sur le podium. Manquant de peu la première marche, ils durent remettre le trophée à l’une des deux équipes du Lycée Élie Vinet de Barbézieux. La déception fut d’autant plus grande qu’en voyant s’échapper une troisième victoire consécutive, les Robins urbains savaient qu’ils perdaient également l’occasion de donner définitivement le trophée du rallye citoyen au Lycée Jean Monnet (5).

Cinq mois plus tard ce fut donc à une nouvelle équipe que revint la mission de reprendre à la fois la première place et le trophée. Le rallye du mercredi 22 mars 2023 mit en compétition 10 lycées et 13 équipes du niveau de Seconde cette fois. En présence de Juliette BRUNEAU, sous-préfète de Confolens, le chef d’équipe Alex (2nde 4) fut choisi pour lever les couleurs avant d’emmener ses camarades de l’équipe 1 – Eliott, Quentin, Erwan, Arthur, Victoria et Timéo – au cri de Passavant li meillor ! (6).

Ce fut une rude journée où le potentiel de l’équipe fut d’emblée affaibli par l’absence d’un camarade au départ de Cognac. Une hypoglycémie dans la matinée fit craindre la perte d’un deuxième élève, fort heureusement rétabli avec quelques barres de céréales… Surtout, les lycéens eurent à affronter deux parcours particulièrement difficiles physiquement : ceux des 1er RIMa et 515e RT. Celui du 515e RT fut réalisé en toute fin de rallye alors que la fatigue de la journée se faisait sentir dans les bras et les jambes. Dans un dernier effort, les secondes de Jean Monnet accomplirent l’épreuve, revêtus chacun d’une « frag » de 15 kilos, portant un FAMAS Blueguns (7) et brancardant un lourd mannequin. Alors qu’habituellement les rallyes citoyens mettent en œuvre deux exercices de brancardage en tout terrain (SDIS et 1er RIMa), il y en eut trois pour cette treizième édition. Jusqu’au bout cependant les lycéens témoignèrent d’un excellent état d’esprit et d’une discipline qui fut remarquée du début à la fin. Cette belle cohésion fit très certainement la différence, en leur permettant notamment de rattraper certains points de pénalités.

L’annonce des résultats est le grand moment qui tient en haleine les participants jusqu’au bout. Sur le nombre d’équipes présentes, élèves comme accompagnateurs espèrent bien être appelés en dernier : la proclamation par le jury commençant par l’équipe ayant obtenu la note la plus basse. L’espoir grandit lorsque l’on entre dans le cercle des cinq premières équipes, mais devient en même temps suspens intolérable jusqu’à l’annonce de la troisième et de la deuxième…

Ce fut donc une belle victoire qui, ce jour-là, permit au Lycée Jean Monnet de reprendre sa première place ainsi que le fameux trophée qui sera conservé jusqu’à l’automne prochain, date à laquelle il sera de nouveau remis en jeu. En attendant, le grand lycée public de Cognac peut être fier de ses belles équipes : celle qui n’a aucunement démérité au mois d’octobre et celle qui l’a emporté en mars.

  • (1) Cf. Le Trinôme académique est l’institution qui, au sein de chaque académie, est en charge de l’Éducation à la Défense. Il s’organise autour de trois piliers : le MINEN, le MINARM et l’IHEDN.
  • (2) Cf. Avec notamment la présence de l’ONACVG et de l’association des ordres nationaux.
  • (3) Cf. L’année 2020 a vu l’annulation du rallye citoyen du fait de la crise sanitaire.
  • (4) Cf. Certains lycées présentant plusieurs équipes à la fois.
  • (5) Cf. Le trophée du rallye est une coupe distincte de celles des trois premières équipes arrivées en tête. Un lycée doit le gagner trois fois de suite pour pouvoir le garder définitivement. En attendant, le trophée est conservé temporairement par le lycée ayant remporté le dernier rallye.
  • (6) Cf. Ce cri de guerre en ancien français, choisi par les élèves eux-mêmes, fut celui des comtes de Champagne au Xe siècle. Il signifie « Que le plus brave s’avance contre nous ! »
  • (7) Cf. La « frag » désigne un gilet balistique. Le Blueguns est un bloc de polyuréthane bleu reproduisant la forme et le poids (4 kg pour le FAMAS) d’une arme (fusil d’assaut, arme de poing, arme blanche). Les répliques Bluegunspermettent aux soldats de s’entraîner sans abîmer les armes réelles.

Les lycéens de Jean Monnet visitent l’ENSOA

Article écrit le 9 mars 2023 par Nghia NGUYEN 
– 180e promotion Cardinal de Richelieu
– Professeur au Lycée Jean Monnet (Cognac)

Le mercredi 12 octobre 2022, Marie, Mathéo, Sasha, Adrien, Ilan, Malo, Mathis et Youri participaient à la 12e édition du rallye citoyen Charente sur le camp militaire Broche. Affrontant dans une série d’épreuves 17 équipes provenant de 12 lycées, l’équipe représentant le Lycée Jean Monnet arriva en deuxième position derrière le Lycée Élie Vinet de Barbézieux. Déçue mais bien présente sur le podium, l’équipe des Robins urbains (1) reçut en récompense une invitation à visiter l’École Nationale des Sous-Officiers d’Active de Saint-Maixent.

La Maison mère des sous-officiers de l’Armée de Terre (2)

Héritière de l’École Militaire d’Infanterie (EMI), l’ENSOA est installée à Saint-Maixent depuis le 1er septembre 1963 (3). Elle dépend du Commandement de la Formation de l’Armée de Terre (COMFORM), le commandement en charge de la formation des officiers, sous-officiers et militaires du rang de l’Armée de Terre. L’École est organisée autour de 3 sites urbains représentant 1000 ha et d’un camp de manoeuvre :

  1. Le Quartier Largeau où réside le général commandant l’École.
  2. Le Quartier Marchand où se trouve le Musée du Sous-Officier et l’hôtel des cadres célibataires.
  3. Le Quartier Coiffé est le coeur de l’ENSOA. On y trouve les installations essentielles avec l’état-major de l’École, les bâtiments logeant les 5 bataillons d’élèves sous-officiers (ESO), une zone d’instruction avec 35 salles de cours, le simulateur de tir, la zone technique, le foyer… À l’ouest du Quartier Coiffé se situe le complexe sportif du Panier fleuri. Ce vaste espace accueille 2 stades, 3 parcours d’obstacles, des gymnases et salles de fitness, un centre de plongée, une piscine et un pas de tir.
  4. Le camp de manœuvre est celui d’Avon situé à 15 kilomètres au nord-est de la ville de Saint-Maixent. Espace bocager occupé par 7 fermes et un village de combat urbain, le camp d’Avon permet aux ESO de s’entraîner au combat élémentaire et à leurs missions de chef de groupe.

Maison mère des sous-officiers de l’Armée de Terre, l’ENSOA est au corps des sous-officiers ce que les Écoles de Coëtquidan sont au corps des officiers.
Sa devise est « S’élever par l’effort » et son chant « Jeune Chef ».

  • École prestigieuse, elle a formé 358 promotions de sous-officiers de sa création à ce début d’année 2023 (4).
  • Chaque promotion porte le nom d’un sous-officier tombé au combat et, depuis la 88e promotion Adjudant LE POITEVIN, chacune reçoit un insigne sur lequel apparaît le symbole de l’École : une main brandissant un glaive.
  • Paradoxalement et alors que la Guerre d’Indochine (1945-1954) reste l’un des conflits les moins connus des Français – l’un des moins étudiés dans l’enseignement secondaire aussi -, cartes et références indochinoises reviennent dans de nombreuses représentations d’insignes de promotion indiquant l’importance du sacrifice des sous-officiers durant cette guerre.

Une école de chefs

S’inspirant d’une chanson de musique country, le Lieutenant CHAILLEY écrivit en 1963 un texte que le Chef de musique principal Gaston GALLAS mettra en partition en 1970 (5). L’ensemble deviendra la marche de l’École. Entonné depuis par des centaines de promotions, le chant « Jeune Chef » ne peut mieux exprimer – et inspirer – la vocation de l’ENSOA à former des chefs. Du grade de sergent à celui de major, les sous-officiers constituent un maillon essentiel dans la chaîne de commandement au point qu’ils sont qualifiés de «  cheville ouvrière  » du commandement. Ce sont eux qui mettent en application les ordres sur le terrain, et qui commandent au plus près partageant la dureté de la vie des soldats. Leurs responsabilités techniques, tactiques, d’encadrement et d’instruction sont immenses et incontournables au point que nombre de jeunes officiers reconnaîtront devoir la réussite de leur temps de commandement en section grâce au soutien inestimable de leurs sous-officiers qu’ils aient été adjoints ou simples subordonnés. Toutes les armées ne disposent pas de ce vivier sous-officier ni de cette culture décentralisée du commandement. Il en résulte un défaut dans l’encadrement de la troupe et dans la souplesse tactique au combat dont les conséquences peuvent s’avérer graves : manque de contrôle des troupes, mauvaise interprétation des ordres, pertes élevées… C’est, par exemple et à l’heure actuelle, l’une des grandes déficiences de l’armée russe en Ukraine.

Certes, au quotidien la cohabitation n’est pas toujours facile entre les deux catégories de chefs. Sous-officiers et officiers ne sont pas situés au même niveau des missions. La répartition des tâches et des compétences techniques, les mises en œuvre opérationnelles ne sont pas les mêmes, et ne sont souvent pas perçues de la même manière dans un contexte où les conflits d’autorités ne manquent pas. L’appréhension d’une même mission se fera toujours à deux niveaux différents selon que l’on soit officier ou sous-officier. Cependant, lieutenants et capitaines comprendront rapidement que le grade n’est pas suffisant pour commander leurs sous-officiers, et qu’il leur faudra à la fois une réelle autorité comme une compétence technique et tactique avérée pour gagner l’estime et la loyauté de ces derniers.

Inversement un jeune sous-officier devra accomplir ce même travail de compétence en direction de la troupe tout en comprenant les impératifs élémentaires du commandement. Il devra exercer la part la plus rude de celui-ci sans en avoir pour autant la supervision de son lieutenant et de son capitaine. Avec l’expérience et l’ancienneté beaucoup de sous-officiers finissent d’ailleurs par exercer des commandements d’officiers dans les unités, devenant à leur tour des chefs de section et de peloton à part entière. Pour les plus capables, l’Armée de Terre leur offrira la possibilité de devenir officier par la voie du recrutement interne via, entre autres, l’École Militaire Interarmes (EMIA). La valeur ajoutée de ces officiers passés par le corps des sous-officiers est alors grande et particulièrement appréciée.

De fait et eu égard au besoin en sous-officiers, l’ENSOA n’a cessé de grandir au fil des ans accueillant de plus en plus d’ESO. Aujourd’hui, le Quartier Coiffé est une véritable ville dans la ville qui compte un personnel école de 565 personnes encadrant et voyant annuellement un passage de 6300 ESO ainsi que la sortie de 10 promotions (6) ! Si 25% des promotions sont féminisés – soit une moyenne très supérieure à celle de la féminisation de l’Armée de Terre (16%) -, le 3e bataillon fut le premier à accueillir des ESO féminins dès 1984. Le 5e bataillon a été créé en 2015 et un 6e est en cours de création.

La mission essentielle de l’ENSOA est de former des sergents chefs de groupe à partir d’un recrutement direct. Dans un premier temps, les recrues issues de la société civile apprennent leur métier de soldat. Ce premier apprentissage est approfondi durant 8 mois afin de donner aux futurs sous-officiers la qualité physique, technique et tactique dont ils auront besoin pour commander, instruire et éduquer eux-mêmes les soldats. À leur sortie de l’ENSOA les ESO – désormais sous-officiers élèves et non plus élèves sous-officiers – ne sont cependant pas immédiatement envoyés en unité. Ils effectuent un passage dans une école d’application où ils apprennent une spécialité technique ou tactique.

À ce recrutement direct, l’ENSOA offre également une possibilité de promotion interne pour des militaires déjà installés dans le métier depuis plusieurs années. Par ce recrutement indirect, certains militaires du rang peuvent ainsi devenir sous-officier avec une formation plus courte mais qui reste tout aussi sélective. L’ENSOA c’est aussi une formation continue pour les sous-officiers qui ont les capacités d’exercer les responsabilités d’adjoint de chef de section et de chef de section. Ces deux niveaux de formation s’adressent aux sous-officiers les plus méritants et expérimentés à partir de 6 et 9 ans de carrière.

C’est donc une belle École, n’ayant jamais autant formé dans son histoire, que les lycéens de Jean Monnet ont visité le lundi 6 mars 2023. Ils s’initièrent à la simulation opérationnelle à partir de la plateforme VBS3, s’informèrent des effets balistiques des munitions au sein du simulateur de tir SITTAL, et s’exercèrent à la manipulation de l’armement d’infanterie. Après un déjeuner en ration de combat et la visite du Musée du Sous-Officier, les élèves eurent également l’occasion d’observer l’entraînement de deux sections au parcours d’obstacles.

Les lycéens et leur professeur remercient le Commandant Loïc qui fut leur accompagnateur tout au long de cette riche journée.

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  • (1) Cf. Le nom que s’étaient choisis les lycéens et qu’ils criaient fièrement avant et après chaque épreuve.
  • (2) Cf. École Nationale des Sous-Officiers d’Active. S’élever par l’effort, Poitiers, 2018, 126 p.
  • (3) Cf. L’EMI est installée à Saint-Maixent de 1881 à 1940. Sa vocation est de former des officiers issus du corps des sous-officiers (recrutement interne). Ses bataillons sont sacrifiés durant la campagne de France de 1940. Reconstituée au lendemain de la guerre, l’EMI est transférée à Coëtquidan. C’est en accueillant l’ENSOA, à partir de 1963, que la ville de Saint-Maixent devient Saint-Maixent-l’École.
  • (4) Cf. Cette année, l’ENSOA fête son 60e anniversaire (1963-2023). Les 17 et 18 juin se tiendront les portes ouvertes de l’École.
  • (5) Cf. BOUZARD (Thierry), « Les chants militaires français d’origine étrangère », in Inflexions, 34, 2017/1, pp. 61-77.
  • (6) Cf. La ville de Saint-Maixent-l’École compte une population civile de 7200 habitants.