Synergie du parcours civique

PROPOSITIONS POUR UNE SYNERGIE DU PARCOURS CIVIQUE

Par Bernadette Grignon ex-Vice-Présidente de l’AR-18
Responsable pour le comité 17 de l’AR-18 du rallye citoyen en Charente-Maritime

Première proposition.

Une idée que j’ai évoquée auprès de Paul Morin, président de l’AR-18, de Madame Le Pesant, Directrice de cabinet (Cabinet DASEN de Charente-Maritime) et du Lieutenant-colonel Xavier Ancelle, DMD – adjoint de la Charente-Maritime, à savoir celle d’un tee-shirt au logo national (c’est-à-dire le même) pour tous les élèves de tous les rallyes citoyens organisés par tous les Trinômes : cela irait dans le sens de l’exigence de l’esprit civique que l’Education nationale s’efforce d’inculquer aux élèves, et le rallye citoyen des Trinômes académiques devrait s’inscrire officiellement dans le « parcours civique » de formation à la citoyenneté, commencé dès l’école primaire et développer tout au long de la scolarité.

Il faudrait mettre sur ce tee-shirt les trois logos : Armée, Education nationale, IHEDN ; ce pourrait même faire l’objet d’un concours national auquel participeraient les élèves de l’option Arts plastiques.

Participer à ce concours pour le design du logo, porter ce tee-shirt au logo national ne pourraient que créer un esprit d’équipe « national » et donner ses lettres républicaines aux rallyes organisés par les Trinômes dont les actions, voire l’existence même, ne sont pas toujours bien connues, quand ce n’est pas tout simplement inconnues, dans les établissements scolaires de France.

Cette initiative irait dans le sens du dynamisme civique de l’Éducation Nationale lequel passe nécessairement par une information commune d’actions trop souvent ignorées des élèves comme des parents et, de manière paradoxale, dans le milieu même de l’Éducation Nationale.

Une preuve de ce que chacun œuvre dans son pré carré, sans communication suffisante de ces actions auprès de tout public, surtout scolaire, ressort encore du contenu de la visioconférence organisée par l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) en partenariat avec Unéo, la mutuelle des forces armées, le 3 mai 2022 de 18h30 à 20h, dont le sujet était :

« Le lien armées-jeunesse : Quel rôle pour les armées dans la construction de la citoyenneté et de la cohésion nationale ? » 

Allocutions d’ouverture :

  • Éliane GARRABE, médecin générale inspectrice (2S), première vice-présidente d’Unéo ;
  • Jean-Pierre MAULNY, directeur adjoint de l’IRIS qui s’est fourvoyé en parlant de « suppression » du service militaire, ce qui a été rectifié par Daniel MENAOUINE.

Autour de :

Daniel MENAOUINE, Général de corps d’armée, directeur du service national et de la jeunesse qui faisait partie de la table ronde avec :

  • Mathilde HERMAN, vice-présidente des Jeunes IHEDN ;
  • Sébastien JAKUBOWSKI, professeur des universités, sociologue à l’Université de Lille, directeur de l’INSPE de l’Académie de Lille.

Animée par Gaspard SCHNITZLER, chercheur à l’IRIS.

Le but est louable :

Au cœur des priorités du ministère des Armées et partie intégrante du lien Armées-Nation, le lien Armées-Jeunesse revêt de multiples enjeux. La fin de la conscription au début des années 2000, remplacée par les Journées défense et citoyenneté (JDC) auxquelles participent chaque année près de 800 000 jeunes, a contraint les armées à repenser leur rôle social, et notamment leur façon de contribuer au renforcement de la cohésion nationale et à la mixité sociale. C’est le cas à travers des dispositifs d’insertion socio-professionnelle tels que le SMA depuis 1961 et le SMV depuis 2015, mais également par des actions menées en faveur de la jeunesse de façon plus large, tels que les « lycées de la défense », la plateforme « 1re expérience défense », ou encore par sa contribution au Service national universel (SNU), des dispositifs coordonnés depuis mars 2021 au sein de l’« Ambition armées-jeunesse » du ministère.

À l’heure où les forces armées sont mobilisées de façon accrue, que ce soit sur le territoire national ou en opérations extérieures, comment articuler leur mission première de protection du territoire et de la population, avec leur action en faveur de la jeunesse ? Quel est l’avenir du lien Armées-Jeunesse ?

L’échange a fait ressortir les préjugés que l’on trouve en France concernant ce que l’on peut appeler « la diplômite », le manque de considération des formations non universitaires, et surtout a témoigné du manque de coordination vraiment efficace de toutes ces actions dans un parcours civique national incluant :

Les Jeunes de l’HEDN, le SNU, la JDC, et la classe de Troisième (Voir l’annexe).

Deuxième proposition.

Le parcours civique, depuis le collège, devrait donc être présenté dans une plaquette (ou flyer) qui serait donnée dès la Troisième aux élèves pour les informer et leur expliquer les différentes étapes de ce parcours citoyen incluant les possibilités de participation à venir : JDC, SNU, Les Jeunes de l’IHEDN.

Les rallyes citoyens organisés par le Trinôme académique dans les départements devraient s’y trouver également.

Il devrait y avoir obligation pour le chef d’établissement de présenter le Trinôme académique et ses actions dans le discours inaugural de l’année scolaire à la rentrée de septembre, pour ne plus avoir à déplorer la méconnaissance de l’existence du Trinôme aussi bien auprès d’élèves que de leurs parents, comme de trop d’enseignants.

Troisième proposition.

Dans cet esprit de clarté et d’homogénéisation de l’ensemble des actions proposées, il faudrait apprendre aux élèves, dès la Quatrième, à faire leur C.V. pour les sensibiliser au monde professionnel dans lequel ils devront faire leur stage de Troisièmestage d’observation dont l’objectif est l’occasion de découvrir le monde du travail, partager le quotidien de professionnels, bénéficier d’une expérience concrète en se confrontant aux réalités concrètes du travail.

Le stage de Troisième :

  • Est précédé d’un temps de préparation, qui serait l’occasion ou jamais de tester leur savoir-faire du C.V. et de la lettre de motivation,
  • Et suivi d’un temps de restitution, puisque les élèves font un rapport de stage dans lequel ils peuvent s’exprimer sur ce qu’ils ont vu, vécu, et revenir sur leurs activités et leurs impressions.

Ce stage qui a pour but de permettre aux élèves de gagner en autonomie, de prendre confiance dans un nouvel environnement, d’enrichir leur culture générale citoyenne et, éventuellement, de confirmer un projet d’orientation personnel, devrait être relié au parcours civique.

La confiance en soi que cherche à faire acquérir artificiellement l’épreuve de rhétorique au baccalauréat, pourrait se forger en profondeur du collège au lycée, soutenue par une réflexion sur soi encadrée par un professeur compétent, dans le cadre du « parcours civique », et faire comprendre la valeur de l’émulation dans le respect de l’autre.

BILAN.

Le « parcours civique » devrait donc exprimer la synergie de ces activités spécifiques :

  • Information par la plaquette et amorce du C.V. en classe de Quatrième ;
  • Stage d’observation du monde professionnel en Troisième ;
  • Participation possible à un rallye citoyen soit au collège, soit au lycée ;
  • JDC et recensement ;
  • SNU ;
  • Les Jeunes de l’IHEDN.

—oo0oo—

ANNEXE

Les Jeunes IHEDN (anciennement l’Association nationale des Auditeurs jeunes de l’Institut des Hautes Études de Défense nationale – ANAJ-IHEDN en 1996) est une association loi de 1901, regroupant des jeunes, étudiants ou professionnels de 20 à 35 ans) ayant suivi une formation au sein de l’IHEDN, institut dépendant des services du Premier Ministre, ayant pour mission de promouvoir la réflexion sur les problématiques de défense nationale et les relations internationales.

Le Service national universel (SNU), programme mis en place par Édouard Philippe à partir de 2019 pour succéder indirectement au service militaire en France suspendu par Jacques Chirac depuis 1996 (cette décision prend effet avec la loi no 97-1019 du 28 octobre 1997), est un projet d’émancipation de la jeunesse, complémentaire de l’instruction obligatoire. Sa mise en œuvre poursuit les objectifs suivants :

  • La transmission d’un socle républicain ;
  • Le renforcement de la cohésion nationale – qui s’appuie sur l’expérience de la mixité sociale et territoriale comme sur la valorisation des territoires ;
  • Le développement d’une culture de l’engagement et l’accompagnement de l’insertion sociale et professionnelle ;
  • Au terme de son extension à l’ensemble d’une classe d’âge, le SNU remplacera la Journée Défense et Citoyenneté (JDC).

Le Service national universel s’adresse à tous les jeunes de 15 à 17 ans pour une société de l’engagement, et s’articule en trois étapes clés :

  • Un séjour de cohésion de deux semaines visant à transmettre un socle républicain fondé sur la vie collective, la responsabilité et l’esprit de défense. Ce séjour est réalisé en hébergement collectif, dans un département autre que celui de résidence du volontaire. Au cours de ce séjour, les jeunes volontaires participent à des activités collectives variées et bénéficient de bilans individuels (illettrisme, compétences notamment numériques) ;
  • Une mission d’intérêt général visant à développer une culture de l’engagement et à favoriser l’insertion des jeunes dans la société. Fondées sur des modalités de réalisation variées, 84 heures effectuées sur une période courte ou répartie tout au long de l’année, ces missions placent les jeunes en situation de rendre un service à la Nation. Au cours de cette mission d’intérêt général, en fonction de leur situation, les volontaires peuvent également être accompagnés dans la construction de leur projet personnel et professionnel ;
  • La possibilité d’un engagement volontaire d’au moins 3 mois, visant à permettre à ceux qui le souhaitent de s’engager de façon plus pérenne et personnelle pour le bien commun. Cet engagement s’articule principalement autour des formes de volontariat existantes : service civique, réserves opérationnelles des Armées et de la gendarmerie nationale, sapeurs-pompiers volontaires, service volontaire européen, etc. Cet engagement volontaire peut être réalisé entre 16 et 30 ans.

La Journée Défense et Citoyenneté (JDC) dénommée jusqu’en 2011 Journée d’Appel de Préparation à la Défense (JAPD), est une journée d’appel instituée en 1997 en France dans le cadre de la réforme du service national portée par Jacques Chirac : l’objectif de la JDC est d’aborder différentes problématiques dont les principales sont la citoyenneté et les questions liées à la Défense. La JDC vise également à favoriser le recrutement dans les différentes armées et services du Ministère des Armées ou dans la réserve militaire.

La JDC est la troisième étape du parcours de citoyenneté obligatoire pour tous les jeunes de nationalité française :

  • La première étape est l’enseignement de défense dispensé en classe de Troisième dans le cadre des cours d’enseignement moral et civique ainsi qu’en classe de Première dans le cadre des cours d’Education Civique, Juridique et Sociale (ECJS) ;
  • La seconde étape est le recensement obligatoire en mairie.

Pour rappel, les modalités du stage de Troisième : 

  • Le stage concerne principalement les élèves de 3e, à partir de 14 ans. Depuis 2019, la loi relative à la liberté de choisir son avenir professionnel autorise les élèves de moins de 14 ans, des classes de 4e ou de 3e, à effectuer leur séquence d’observation dans une entreprise régie par le droit privé ;
  • Ce stage peut être d’une durée de 5 jours consécutifs ou non, individuellement ou collectivement, il peut aussi être divisé en plusieurs périodes, de 3 jours puis de 2 jours par exemple ;
  • Une convention obligatoire, signée entre l’établissement et l’entreprise ou l’organisme d’accueil, détaille les conditions d’encadrement et de suivi de l’élève, et garantit les conditions de sécurité, conformément aux dispositions du code du travail.

Forum Sécurité-Défense

Une communication et une invitation de notre camarade Alain Giorgis, adjoint au maire de Rochefort et organisateur de cette importante manifestation.
© https://www.linkedin.com/posts/alaingiorgis_rochefort-organise-le-forum-d%C3%A9fense-et-s%C3%A9curit%C3%A9-activity-6918133881426636800-uZmM?utm_source=linkedin_share&utm_medium=member_desktop_web

Rochefort organise le “Forum Défense et Sécurité”
les 6, 7 et 8 mai 2022.

Ce seront pas moins de 45 exposants des 3 armées (dont 23 régiments de l’armée de Terre !) et des forces de sécurité (Gendarmerie, police , pompiers….).
Les visiteurs pourrons découvrir notamment les capacités de nos armées au moment où résonnent les bruits de guerre en Ukraine.
En liaison avec les collèges et lycées, les élèves seront récupérés en bus le vendredi car il s’agit d’une journées d’information des métiers.
Il ya aura bien sûr des présentations de matériels, des simulateurs et des démonstrations notamment par la police et la Gendarmerie.
Voici le recto des affiches qui sont envoyées par internet et distribuées également.
Pour les amateurs, rendez vous sur site au musée de l’Aéronautique navale (à côté de l’école de Gendarmerie) du vendredi 6 au dimanche 8 Mai.

https://www.facebook.com/events/1341732436325238/?ref=newsfeed
https://www.anaman.fr/?fbclid=IwAR3NarArj9Uplt0Sx0TsxpwxlPgvnc27xlMYpfhviZLItI0pvi3rFnMqw04

Message du directeur de l’IHEDN

Mesdames et messieurs les auditeurs et membres des associations,

L’agression de la Russie contre l’Ukraine représente une rupture, un événement qui nous rappelle, au-delà de la stupeur éprouvée, la nécessité de poursuivre notre mission sans relâche, fidèle à notre vocation depuis 1936 :  entretenir l’esprit de défense et promouvoir une unité de pensée, de doctrine et d’action dans le champ de la défense nationale. En ce moment difficile pour notre pays comme pour l’Europe, l’IHEDN, tout en exprimant sa pleine solidarité avec le peuple ukrainien, doit rester fidèle à cette vocation. Il nous faut œuvrer à la cohésion nationale, ce qui exclut toute prise de position individuelle ou associative qui se réclamerait de l’IHEDN, pour porter sur la situation en cours des appréciations qui, engageant l’Etat, appartiennent aux autorités de notre pays. 

En revanche, les événements d’Ukraine nous rappellent que la guerre n’est pas un phénomène du passé. Ils nous imposent de porter un regard lucide sur le monde et confèrent une importance accrue à la mission de l’IHEDN. L’Institut vous adressera, par l’intermédiaire de l’Union, des documents à même de nourrir votre réflexion. Surtout et plus que jamais, il nous faudra, dès que de premières leçons pourront être tirées, réfléchir ensemble, civils et militaires, agents publics et privés, à Paris comme en région à l’avenir de notre défense nationale dans toutes dimensions, militaire, économique, industrielle, cybernétique, maritime, juridique. Les actions que nous menons collectivement avec l’IHEDN apparaissent aujourd’hui plus utiles que jamais. 

Je vous adresse mes plus cordiales salutations,

Général Benoit Durieux
Directeur de l’IHEDN

“Contrat du siècle” : l’ex-Premier ministre australien Malcolm Turnbull défend la “France trompée”

Francophilie

Par Magazine Marianne – Publié le 29/09/2021 à 12:29 Imprimer l’article

“Contrat du siècle” : l’ex-Premier ministre australien Malcolm Turnbull défend la “France trompée”

"Contrat du siècle" : l'ex-Premier ministre australien Malcolm Turnbull défend la "France trompée"
Malcolm Turnbull, l’ancien Premier ministre australien, a rencontré Emmannuel Macron à plusieurs reprises. Il assure aujourd’hui la France de son soutien dans l’affaire du contrat de sous-marins annulé. Hans Lucas via AFP

Dans l’affaire du contrat de sous-marins annulés par l’Australie, la France peut compter sur le soutien d’un homme : Malcolm Turnbull. L’ancien Premier ministre australien, à l’origine de l’accord entre l’Hexagone et son pays, a vertement critiqué l’attitude de son successeur Scott Morrison.

« Trompée, humiliée ». Malcolm Turnbull ne mâche pas ses mots pour évoquer la position dans laquelle la France a été placée après la rupture de son contrat de sous-marins par l’Australie le 15 septembre dernier. Peut-être ce soutien affiché consolera-t-il Paris qui ne digère toujours pas ce « mensonge » et cette « duplicité », pour reprendre les mots du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian.

Ce mercredi 29 septembre, l’ancien Premier ministre australien s’en est ouvertement pris à son successeur, Scott Morrison, devant le National Press Club, l’association qui fédère les journalistes locaux, à Canberra, la capitale australienne. Et il va même plus loin. Selon lui, le Premier ministre actuel a « délibérément dupé » la France. Il n’a pas « agi de bonne foi. Il n’a pas d’autre argument pour justifier son comportement que de dire que c’était dans l’intérêt de l’Australie », ajoute Malcolm Turnbull.

Jean-Yves le Drian avait évoqué « une rupture de confiance » entre l’Australie et la France. Malcolm Turnbull use de termes quasiment similaires : « Cette trahison de la confiance va marquer nos relations avec l’Europe pendant des années […] Le gouvernement australien a traité la République française avec mépris. »

Sa colère est d’autant plus forte qu’il était Premier ministre quand l’accord a été conclu. À la fin de l’année 2014, l’Australie lance un appel d’offres international pour remplacer ses sous-marins de classe Collins dans le cadre du projet Sea1000. Plusieurs pays tentent alors leur chance. Les sous-marins de classe Attack, proposés par la France, parviennent à convaincre l’Australie. Le montant de départ s’élève à 31 milliards d’euros. Au fil des années, il sera réévalué à plus de 50 milliards d’euros. Mi-septembre 2021, l’Australie annonce subitement rompre ce contrat au profit d’une alliance avec les États-Unis et le Royaume-Uni, ce qui déclenche une crise diplomatique entre la France et ces trois autres pays.

Le Premier ministre australien justifie en partie cette décision par un changement de dynamiques dans la région Asie-Pacifique et par la montée en puissance de la Chine. D’après lui, l’Australie a plutôt intérêt à privilégier les sous-marins américains Virginia ou britanniques Astute, à propulsion nucléaire, car ils n’ont pas besoin de ravitaillement en uranium pendant leur durée de vie, contrairement aux sous-marins français à propulsion diesel.

Embrouille de Premiers ministres

Si le nouveau partenariat, dont est exclue la France, a été acté, aucun contrat n’a encore été signé. Pas même de devis. « Maintenant, l’Australie n’a plus du tout de programme de nouveaux sous-marins, déplore Malcolm Turnbull. La seule certitude, c’est que nous n’aurons pas de nouveau sous-marin avant 20 ans et leur coût sera bien plus élevé que ceux de conception française. »

Cette prise de position rappelle à quel point la relation entre Scott Morrison et Malcolm Turnbull, rivaux au sein du Parti libéral australien, est conflictuelle. Le premier a pris la place du second à la tête du pays en août 2018 après que Malcolm Turnbull a été désavoué par l’aile conservatrice du parti. Ce centriste modéré avait entrepris la légalisation du mariage homosexuel et fait de la lutte pour la défense du climat un de ses chevaux de bataille. De nombreux députés l’avaient alors accusé de tirer le Parti libéral vers la gauche, ce qui a conduit à son retrait de la vie politique.

© https://www.marianne.net/monde/geopolitique/contrat-du-siecle-lex-premier-ministre-australien-malcolm-turnbull-defend-la-france-trompee

Chine – Australie : la France victime collatérale

21 septembre 2021 par Asie21

Par le Général (2s) Daniel Schaeffer, ancien attaché de défense en Thaïlande, au Vietnam et en Chine, membre du groupe de réflexion Asie21-futuribles (www.asie21.com)

Reproduction autorisée par tout média intéressé. Prière de mentionner la source.

Les média français focalisent essentiellement leur attention sur l’annulation décidée par l’Australie, sans préavis et avec une désinvolture qui relève de la plus infâme goujaterie, du contrat de construction de sous-marins qu’elle avait signé avec la France le 20 décembre 2016. A titre de rappel ledit contrat portait sur la fourniture de douze sous-marins classiques à propulsion conventionnelle, de la classe Barracuda, de toute dernière technologie. Il est évident que sur le plan commercial cette annulation entraîne une perte financière énorme pour Naval group et par voie de conséquence pour la France, sans compter les dommages subséquents que cela génère sur le plan des emplois.

Un contrat éclaté victime de la création de l’AUKUS

Sur le plan diplomatique l’événement endommage rudement les relations tant avec Canberra qu’avec son acolyte américain. Mais gageons que, outre le geste symbolique, même s’il est fort, de rappel des ambassadeurs de France à Canberra et à Washington, et paradoxalement pas à Londres qui est aussi complice de la trahison, la poussière finira par retomber lentement, sans réactions autres que la recherche de compensations financières pour les dégâts commerciaux causés, peut-être d’excuses pour la manière insultante dont l’annonce de la décision a été faite à notre pays, avant que ne finisse par reprendre des relations presque normalisées. Rien de réellement significatif en quelque sorte alors que l’occasion est rêvée pour la France de reprendre son indépendance stratégique.

A côté de cela, toute la presse internationale va bien au-delà du dommage créé à la France et se focalise sur l’alliance tripartite Australie – Royaume Uni (United Kingdom) – Etats-Unis (United States), soit AUKUS, qui vient de se former dans le cadre d’une stratégie annoncée de veille à ce que la région Indo-Pacifique demeure « libre et ouverte ». Pourquoi donc tant insister sur ce point puisque, sauf en quelques secteurs où la piraterie sévit encore, toutes les marines du monde peuvent circuler comme elles le veulent sur les deux océans concernés, l’Indien et le Pacifique. Mais sauf aussi en mer de Chine du Sud et dans le détroit de Taiwan.

L’incidence de la région Asie-Pacifique « libre et ouverte »

Et c’est dans ces deux secteurs que se pose la question de la liberté internationale de la navigation maritime, civile comme militaire, tout comme en mer de Chine de l’Est se pose la question de la liberté de la navigation aérienne. Il faut se souvenir en effet que le 23 novembre 2013 la Chine a créé une zone d’identification et de défense aérienne (air defense and identification zone / ADIZ) au-dessus de l’immense espace marin qu’elle revendique, contre le Japon essentiellement (voir carte 1 jointe). Créer une ADIZ pour surveiller et assurer la sûreté de ses approches territoriales, rien ne le lui interdit. Mais, et c’est là qu’apparaît le problème : elle exige que tous les aéronefs qui passent au travers de cette zone soient astreints de s’identifier exactement comme s’ils pénétraient dans l’espace aérien chinois. Là, la Chine outrepasse son droit et le droit international parce qu’elle applique une loi nationale chinoise à un espace aérien international.

C’est, sur le plan maritime, la même obligation qu’elle vise petit à petit à instaurer en mer de Chine du Sud et dans le détroit de Taiwan, en estimant qu’il constitue sa mer territoriale. Ce qui, compte tenu de la largeur de cet espace, soit 70 milles marins dans sa partie la plus étroite, est totalement faux puisque les mers territoriales du continent et de Taiwan, soit 12 milles marins de chaque côté, ne jouxtent manifestement pas. En mer de Chine du Sud, sur la base d’une revendication qui remonte à 1947 (voir carte 2 officielle jointe), lorsque le Kuo Min Tang était encore au pouvoir en Chine, Pékin revendique la quasi-totalité de cette mer et concrètement y étend de plus en plus son administration tant politique que militaire.

Carte 2 – Carte officielle de la revendication chinoise présentée à l’ONU le 7 mai 2009

L’incidence aggravante de la loi chinoise modifiée sur la sécurité maritime

Cette partie sur laquelle il prétend à souveraineté, Pékin la présente comme ses « eaux relevant de la juridiction de la République populaire de Chine». C’est le terme employé dans toutes les publications officielles dont celle-ci fait l’annonce. C’est ce que l’Administration de sécurité maritime (ASM) traduit par « eaux territoriales » dans la directive d’application établi par ses soins à partir du texte de loi adopté le 29 avril 2021 par l’Assemblée nationale populaire, loi modifiée sur la sécurité maritime dans les « eaux sous juridiction chinoise » ( 管辖海 ) et entrée brutalement en application le 1er septembre. D’« eaux sous juridiction nationale » dans le texte de loi elles sont devenues « eaux territoriales » ( 领 海 ) dans le texte d’application. Ce qui veut dire que la Chine entendrait désormais imposer un contrôle strict sur divers types de bateaux lorsqu’ils se présenteraient en mer de Chine du Sud. Pour les citer il s’agit des navires de « nationalité étrangère », sauf dérogations accordées, des navires à propulsion nucléaire et des bâtiments de transport de matières dangereuses. Ainsi toute unité navale non chinoise qui pénètre dans les mers de Chine et le détroit de Taiwan doit désormais, et en principe pour l’heure, se soumettre à un certain nombre de contraintes administratives d’identification. Et devient ainsi susceptible de devoir être contrôlée par les autorités chinoises de police maritime. Du principe à la réalité il y aura lieu de voir comment l’application de la directive de l’ASM sera conduite effectivement.

Dans ce cadre, il est cependant évident, en tout cas dans l’immédiat, que les Chinois éviteront de tenter de contraindre un groupe aéronaval américain tel que l’USS Vinson, ou Nimitz, ou autre, à quitter les espaces maritimes contestés. Une tentative de ce genre risquerait de dégénérer en incidents graves, avec les garde-côtes chinois d’abord, peut-être avec la marine un peu plus tard en fonction de la montée de la tension. Mais il reste à voir comment les garde-côtes chinois, avec le concours des milices maritimes, comme c’est de plus en plus le cas fréquemment, s’en prendraient à un navire de guerre isolé.

Toujours est-il que Pékin ne supporte absolument pas l’entrée des marines de guerre alliées ou amies des Etats-Unis en mer de Chine du Sud et dans le détroit. Parce que cela menace leurs intérêts stratégiques : d’une part il pourrait être contrarié dans ses intentions d’envahir Taiwan, d’autre part ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) pourraient être détectés au début de leurs déploiements à partir de la base de Sanya, au sud de l’île de Hainan. C’est pourquoi la République populaire de Chine (RPC) veut faire de cette mer un lac chinois où seule la navigation militaire chinoise et à la rigueur celle des pays riverains serait autorisée à se déployer. Il s’avère qu’un tel objectif est en totale contravention avec la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) qui, en son article 89, spécifie bien qu’« aucun Etat ne peut légitimement prétendre soumettre une partie quelconque de la haute mer à souveraineté », une disposition indirectement rappelée par la cour permanente d’arbitrage de La Haye dans son jugement rendu le 12 juillet 2016. Par celui-ci la Cour a clairement établi que le tracé en neuf traits, qui délimite la prétention chinoise, est « sans effet légal ».

C’est donc bien ici que le bât blesse et que les Etats-Unis et leurs alliés, partenaires, amis ou soutiens, dont la France, le Japon, l’Inde, l’Australie, le Canada, le Royaume uni, entendent, en venant naviguer librement dans les espaces marins revendiqués par la Chine, contraindre celle-ci à respecter le droit de la mer sur la liberté de la circulation dans tous les espaces ouverts, en vertu de la CNUDM, à la navigation internationale. A chaque manifestation de présence militaire internationale, même s’il ne s’agit que d’une simple traversée, Pékin réagit vivement en condamnant l’acte accompli, voire en intervenant contre les présumés intrus. Cela est allé parfois jusqu’à des manœuvres risquées, défiant toutes les règles de sécurité maritime, comme ce fut le cas le 30 septembre 2018 lorsqu’un navire de la marine de l’Armée populaire de libération (MAPL) tenta d’entraver la route de la frégate USS Decatur. Cela est allé aussi, à la fin de mai 2019, par l’illumination par rayon laser d’un hélicoptère australien Tigre en phase d’approche du porte-hélicoptères HMAS Parametta. Et ce n’est pas le seul exemple d’agression chinoise par laser ailleurs dans le monde, contre les Américains notamment, que ce soit à Djibouti ou dans le secteur de Guam.

L’Australie bouc émissaire de la Chine

Dans tous les intervenants extérieurs à la mer de Chine du Sud Pékin a fait de Canberra son bouc émissaire, pour diverses raisons. L’Australie est d’abord l’alliée des Américains. Et comme il est difficile de s’en prendre aux Etats-Unis, Pékin se rabat sur le maillon qu’il peut considérer comme le plus faible ou le moins fort dans l’alliance, avant que ne soit signé l’AUKUS. Avec l’Inde, le Japon, les Etats-Unis, l’Australie est partenaire du dialogue quadrilatéral de sécurité (quadrilateral security dialogue / QUAD) que d’aucuns ont déjà considéré un peu rapidement comme un OTAN bis en Indo-Pacifique. Dans ce cadre les Australiens sont considérés comme une menace qui serait en Extrême-Orient l’avant-garde des Américains.

Cette même Australie est aussi fortement dépendante de la Chine sur le plan économique. Mais la réciprocité aussi est vraie puisque la première fournit à la seconde plusieurs des matériaux stratégiques de base dont cette dernière a besoin : le charbon, le minerai de fer, le gaz naturel, l’uranium.

Le 24 août 2018, les Australiens ont remplacé leur Premier ministre, Malcolm Turnbull, par Scott Morrison, beaucoup moins souple que son prédécesseur dans les affaires internationales et qui a décidé de mener dans son pays une lutte prononcée contre la stratégie offensive d’influence que tente d’y mener Pékin. En mai 2020, Scott Morrison a eu l’outrecuidance de demander qu’il soit procédé à une expertise internationale indépendante sur l’origine du virus Covid-16 à Wuhan. Ce même gouvernement a fait récemment affront à celui de Xi Jinping en dénonçant, au début du mois de mai 2021, l’accord par lequel celui de Tony Abott, pensant s’attirer les bonnes grâces de Pékin, avait octroyé à la compagnie chinoise publique Landbridge Infrastructure Holdings, en 2015, un bail emphytéotique de 99 ans sur le port de Darwin. Or c’est là justement où des accords américano-australiens scellés sous l’ère Obama permet aux marines de venir y stationner temporairement, par rotations d’unité. Quelle belle aubaine était-ce pour la Chine de pouvoir prendre directement position sur un site qui permet de rayonner tous azimuts vers le Pacifique à l’Est, la Mer de Chine du Sud au Nord, et l’océan Indien à l’ouest.

Ainsi par-dessus tout c’est bien la position géographique de l’Australie, accessoirement celle de l’Indonésie, qui gêne la Chine dans ses ambitions maritimes puisque l’Australie, avec l’Indonésie, est le pivot central qui commande, à partir de la mer de Chine du Sud, les échappées vers les deux océans. C’est là l’une des raisons essentielles de l’acharnement de la Chine contre l’Australie et non pas seulement la contribution de Canberra à la défense de la liberté de la navigation en mer de Chine du Sud. L’objectif chinois, que ce soit par l’influence envers le gouvernement australien précédent ou par la menace envers celui d’aujourd’hui, est bien de tenter de desceller la proximité stratégique de Canberra et de Washington. Pour l’heure, pour le moins que l’on puisse dire, l’objectif est plutôt raté.

C’est la raison pour laquelle, lorsque Morrison cherche refuge dans une alliance formalisée avec les Etats-Unis, car c’est bien lui qui est à l’origine de l’initiative de l’AUKUS, c’est la France qui devient la victime de la situation, autant sur le plan économique que sur le plan stratégique. Ce qui ne devra cependant pas l’empêcher, tout en réduisant pour un temps ses relations militaires avec l’Australie, de continuer à avoir une voix forte, mais surtout indépendante en Asie-Pacifique, en resserrant davantage ses relations avec le Japon et l’Inde. Cela lui évitera de se trouver entraînée, comme ce sera fatalement le cas pour l’Australie, dans un combat potentiel sino-américain pour l’indépendance de Taiwan. D’autant plus que dans un tel cas de figure, avec le peu de moyens navals et aériens dont notre pays dispose, les morts français dans un tel combat, mené plus au profit des Américains que des Taiwanais, n’apparaîtraient que comme des figurants à peine utiles. Cela devrait faire aussi réfléchir les Allemands et les Néerlandais qui, parce qu’ils n’ont pas de moyens navals et aériens sur zone, brandissent le drapeau européen sous couvert de l’OTAN pour contribuer au maintien d’un espace indopacifique « libre et ouvert ».

En conclusion pour la France

Et enfin, la crise offre à la France une opportunité, à saisir immédiatement, de sortir du commandement intégré de l’OTAN et de cesser de suivre les errements de l’hystérie antirusse américaine. C’est déjà la proposition que plusieurs anciens hauts cadres militaires et plusieurs politiciens français, anciens comme actuels, font directement ou indirectement. Elle offre à la France de reprendre un dialogue non contraint avec la Russie et indépendant de la tutelle américaine, même si le régime de Poutine déplaît à beaucoup. La France a bien sûr une énorme dette envers les Etats-Unis qui ont accepté de sacrifier des milliers de soldats pour venir la délivrer du nazisme. Mais ce n’est pas une raison pour que cela devienne une dette éternelle jamais apurée.

Le 20 septembre 2021

A propos de l’auteur : Asie21

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L’école de l’air de Saintes, un modèle unique en France, qui accueille les élèves dès 16 ans

Mardi 28 septembre 2021 à 19:39 – Par Lise DussautFrance Bleu La Rochelle

Il n’y en a pas d’autre comme elle : l’école d’enseignement technique de l’armée de l’air, basée en Charente-Maritime, à Saintes, est unique. Elle accueille des élèves dès 16 ans, avant même leur bac, qu’ils passeront au sein de l’école. En même temps qu’un autre diplôme, militaire.

Chaque promotion de l'école d'enseignement technique de l'armée de l'air de Saintes compte actuellement  250 élèves.
Chaque promotion de l’école d’enseignement technique de l’armée de l’air de Saintes compte actuellement 250 élèves. – EETAAE722

Le site de l’école de l’air de Saintes, en Charente-Maritime, est entouré d’un grand mur d’enceinte, sur lequel il faut ajouter des barbelés. Bien différent d’un lycée habituel. C’est ici un site militaire, qui accueille et forme 250 élèves chaque année, dès 16 ans. Ce qui est rare. En général, l’armée recrute plus tard, après le bac. 

Les arpètes, c’est ainsi qu’on appelle les élèves, auront deux diplômes à leur sortie. Ils vont passer leur bac ou leur CAP dans l’école d’enseignement technique de l’armée de l’air. En même temps qu’un autre diplôme, celui-ci militaire. 

Beaucoup deviendront mécaniciens 

Les élèves commencent à Saintes à appréhender les avions sur lesquels ils seront amenés à travailler plus tard. Ici, un Alpha Jet de la patrouille de France.
Les élèves commencent à Saintes à appréhender les avions sur lesquels ils seront amenés à travailler plus tard. Ici, un Alpha Jet de la patrouille de France. © Radio France – Lise Dussaut

Le quotidien est bien différent d’un lycée traditionnel. Les élèves se déplacent en section, et en chantant, pour les longs trajets (le site est très grand). Ils sont tous en treillis et en rangers. 

Romain vient d’avoir 18 ans, il voudrait devenir mécanicien sur les hélicoptères Caracal. “La plupart d’entre eux deviendront mécaniciens dans l’armée de l’air”, expose la cheffe des lieux, la colonelle Diane Géribaldi. Elle aussi porte un uniforme, comme presque tout le monde ici, sauf les “civils”, c’est-à-dire, le proviseur, et certains professeurs, comme Nicolas Pin. Il connaît bien les lieux, il y travaille depuis 20 ans : “Ce qui m’a le plus déboussolé au début, ce sont les uniformes. Ce n’est pas facile de distinguer les élèves. Mais on s’y habitue.” 

L'école ne cesse d'évoluer. Elle s'est dotée dernièrement d'un drone.
L’école ne cesse d’évoluer. Elle s’est dotée dernièrement d’un drone. © Radio France – Lise Dussaut

Tout le monde n’a pas 17 de moyenne en arrivant ici

Les élèves viennent de toute la France, y compris d’outre-mer. La colonelle Diane Géribaldi insiste bien sur le fait que tout le monde a ses chances : “Et même si l’on n’a pas 17 de moyenne.” Le recrutement se fait sur dossier. L’année dernière, ils ont reçu près de 800 candidatures pour… 250 places

Et puis, “nous avons 100% de réussite dans les deux diplômes, et ce depuis plusieurs années”, rajoute la colonelle. 

Le poste de pilotage d'un avion de chasse.
Le poste de pilotage d’un avion de chasse. © Radio France – Lise Dussaut
© L'école de l'air de Saintes, un modèle unique en France, qui accueille les élèves dès 16 ans

Actualisation stratégique 2021

Mise à jour  : 05/02/2021 – Auteur : DGRIS – Direction : DGRIS

La ministre des Armées a présenté l’Actualisation stratégique 2021 lors de ses vœux aux armées, le 21 janvier 2021. Ce document actualise l’analyse de notre environnement stratégique à la lumière des évolutions observées depuis 2017.

Comme l’a rappelé le Président de la République dans son discours sur la stratégie de défense et de dissuasion à l’École militaire du 7 février 2020, l’environnement international est devenu plus complexe, plus incertain et plus dangereux. Depuis la Revue stratégique de 2017, et outre la pandémie, qui représente un bouleversement majeur pour les sociétés et les économies, certaines tendances déjà à l’œuvre se sont confirmées, d’autres se sont accélérées, alors que plusieurs éléments de rupture sont intervenus.

Il est donc apparu opportun d’actualiser l’analyse du contexte stratégique auquel la France est confrontée. La ministre des Armées a souhaité que ce travail soit conduit au sein du ministère et coordonné par la DGRIS, en lien avec les armées et autres directions du ministère et en interministériel, mais aussi avec des parlementaires et des experts de la société civile, comme avec les principaux partenaires et alliés de la France, dont certains conduisent des exercices d’analyse similaires.

Cette Actualisation rappelle tout d’abord les grandes tendances à l’œuvre depuis 2017 et l’accélération de plusieurs d’entre elles :

  • compétition entre grandes puissances,
  • généralisation des stratégies hybrides,
  • enhardissement des puissances régionales,
  • effets de rupture liés aux nouvelles technologies, notamment numériques et spatiales.

Elle dresse ensuite le bilan des efforts d’adaptation mis en œuvre, à l’échelon national comme avec les partenaires et alliés, pour faire face aux défis qui se présenteront à l’avenir.

Actualisation stratégique 2021 : Synthèse en dix points
Actualisation stratégique 2021

L’efficacité énergétique sera systématiquement prise en compte dans les programmes d’armement

Par Laurent LAGNEAU – Zone Militaire [Opex360.com]

Exit le Service des essences des armées [SEA]
Et bienvenue au Service de l’énergie opérationnelle [SEO]!
Ce changement d’appellation illustre la nouvelle approche du ministère des Armées en matière de politique énergétique, laquelle passe par une réduction de sa dépendance aux énergies fossiles en misant sur la « sobriété énergétique » ainsi que sur un recours accru aux « nouvelles technologies de l’énergie et aux carburants de rupture. »

Annoncé par Florence Parly, la ministre des Armées, lors d’une visite au Centre de soutien logistique du service des essences des armées [CSLSEA] de Montereau, le 25 septembre, ce tournant ne vise surtout à faire de la transition énergétique un atout pour les opérations menées par les forces françaises. « Il ne s’agit pas de surfer sur la ‘vague verte’ », a-t-elle en effet affirmé.

Au moins trois facteurs plaident en faveur de cette approche.
Le premier est qu’il s’agit de sécuriser les approvisionnements en ressources énergétiques, lesquelles font « l’objet d’une compétition internationale accrue », sur fond de « tensions géoéconomiques et géopolitiques qui ébranlent le marché pétrolier mondial », explique le ministère des Armées.

D’où, par conséquent, la nécessité « d’explorer toutes les nouvelles technologies de l’énergie [stockage, énergies renouvelables] et les carburants de nouvelle génération [biocarburants, hydrogène], afin de sortir de la dépendance au pétrole en matière de mobilité, au niveau tactique comme au niveau stratégique », poursuit-il.

Un deuxième élément à considérer est budgétaire : réduire la consommation des énergies fossiles devrait théoriquement faire baisser la facture des armées dans ce domaine. Ainsi, en 2019, ces dernières ont consommé 835.000 m³ de produits pétroliers, pour un coût de 667 millions d’euros.

Enfin, le dernier facteur est d’ordre opérationnel, avec une empreinte logistique moindre et des véhicules plus discrets.
Pour cela, indique la stratégie énergétique du ministère des Armées, il sera désormais question d’inclure systématiquement dans les programmes d’armement des « exigences d’écoconception et d’efficacité énergétique. » Ainsi, « l’ensemble de leur cycle de vie sera analysé à l’aune de leur impact environnemental et de leur consommation énergétique », précise-t-elle.

« Le ministère va recourir plus largement aux nouvelles technologies de l’énergie [gestion optimisée, hybridation, énergies renouvelables] et aux carburants de nouvelle génération [biocarburants, hydrogène] tant pour la mobilité que pour le stationnement. Cela permettra une meilleure performance opérationnelle, ainsi qu’une résilience énergétique accrue », lit-on dans le document.

Pour les blindés de l’armée de Terre, par exemple, il s’agira de les doter d’une motorisation hybride, ce qui permettra « d’accroître la performance et la furtivité », estime le ministère des Armées. D’autres, avant lui, ont lancé des initiatives similaires, comme son homologue britannique.

« L’intérêt et la faisabilité du couple moteur diesel/moteur électrique ont été démontrés, avec des gains de carburant [allant jusqu’à 10-15%] et des gains opérationnels [boost de performance, furtivité, résilience…] », fait-il valoir.

Aussi, dés 2022, un « démonstrateur d’hybridation de blindés » sera mis au point en 2020, afin de « founir les critères de choix pour la motorisation des Griffon et VBCIqui seront livrés à horizon 2028-2030 », précise le document du ministère des Armées.
À noter qu’Arquus s’est déjà engagé dans cette voie avec son VAB Electer qui, présenté en août 2017, a parcouru 5.000 km [dont 800 km sur sable] sans aucune panne durant une campagne d’essais de 18 mois.

S’agissant du secteur aérien, qui représente 50% de besoins énergétiques du ministère des Armées, le recours aux biocarburants est, pour le moment, la meilleure option disponible. L’objectif est de porter, à l’horizon 2030, à 5% la consommation de biocarburants.
Puis à 50% d’ici 2050, afin d’atteindre « la neutralité carbone ».

« L’objectif est d’intégrer progressivement ces molécules dans les carburants fossiles utilisés par les vecteurs aériens militaires français qui ont reçu l’agrément pour l’emploi de ces biocarburants », explique le ministère des Armées.

En outre, afin de réduire la consommation de carburants, le recours à la simulation, avec un « niveau de réalisme garanti », pour l’entraînement du personnel navigant sera accru. Les carnets de vol seront donc moins étoffés que par le passé…

Enfin, pour le domaine maritime, et hormis ceux à propulsion nucléaire [porte-avions et sous-marins], les navires de la Marine nationale utilisent exclusivement du carburant diesel marine
[F-76 et DMA, ndlr]. Aussi, indique le ministère, « le rendement
énergétique des futurs navires fera également l’objet d’améliorations dès la conception [hydrodynamisme, consommation électrique ajustée, capacités de production mieux rentabilisées et réseau de distribution optimisé], sans perdre de vue la nécessaire redondance des équipements et la réserve de puissance indispensable.
 »

Si la taille et les missions de ces prochains navires seront prises en compte, l’idée est de privilégier les « architectures tout électrique » quand cela sera possible.
En attendant, le programme des futurs Patrouilleurs outre-Mer [POM] « inclut la composante efficience énergétique ».
De même que celui relatif aux Patrouilleur océanique [PO], pour lequel un groupe de travail sera mis en place pour aborder la question. Ses « conclusions entreront dans les critères de choix sur l’architecture » de ces navires.

Documentation relative au SEO :
SEO : Dossier de Presse du 14 juillet 2021
SEA : Rapport du groupe de travail énergie (2000)
SEA : Stratégie énergétique de Défense (2020) – 10 points clés
SEA : Stratégie énergétique de Défense (2020) – Dossier de presse

© Ministère des Armées