Les Trinômes académiques, un pilier essentiel de la résilience nationale

Mis en avant

Revue Défense – Géopolitique & Sécurité – N° 227 – Janvier – Février – Mars 2026
Par Préfète Catherine Sarlandise de La Robertie – Directrice de la publication
Présidente de l’Union des associations d’auditeurs de l’IHEDN

Idée maîtresse

Les Trinômes académiques constituent un dispositif structurant et irremplaçable pour forger la résilience nationale, en faisant de l’esprit de défense non pas un concept abstrait, mais une culture vivante transmise concrètement à la jeunesse, du primaire à l’université.


Idées directrices fortes

1. Un partenariat tripartite d’une solidité éprouvée Né en 1982 d’un protocole fondateur, le dispositif repose sur l’alliance de trois piliers complémentaires — le ministère des Armées, l’Éducation nationale et l’Union-IHEDN — dont la complémentarité garantit une articulation unique entre le monde militaire, le monde éducatif et la société civile.

2. Une mission pédagogique à large spectre Agissant du CM2 au bac +5, les Trinômes forment les enseignants, sensibilisent les élèves et animent un large éventail d’actions concrètes (conférences, rallyes citoyens, ateliers géopolitiques, actions mémorielles), permettant d’incarner une culture de défense accessible et vivante. Le bilan est éloquent : près de 3 millions de jeunes sensibilisés, plus de 200 000 enseignants formés.

3. Une capacité d’adaptation aux mutations de la société En quarante ans, le dispositif a su absorber des transformations majeures — professionnalisation des armées, suspension du service national, réformes éducatives — tout en s’élargissant à l’enseignement supérieur et en essaimant des structures connexes comme les 1 200 classes de défense ou les 26 centres de cadets.

4. Un ancrage territorial comme garantie d’efficacité Si les orientations sont fixées au niveau national, c’est l’échelon local — avec les collectivités territoriales, les partenaires publics et privés — qui assure l’expérimentation, la mise en œuvre et la pérennisation du dispositif, y compris dans un contexte de contraintes budgétaires croissantes.

5. Une réponse aux menaces contemporaines multiformes Face au retour des conflits de haute intensité, au terrorisme, aux cyberattaques, aux stratégies hybrides et à la manipulation cognitive amplifiée par l’IA, les Trinômes contribuent à forger la force morale et la résilience collective indispensables à la nation.


Conclusion

Dans une société traversée par la fragmentation des identités et la crise du sentiment d’appartenance, les Trinômes académiques ne sont pas un héritage institutionnel à conserver par inertie — ils sont une nécessité active. Ils assurent la transmission des valeurs républicaines et de l’esprit de défense à des générations qui en auront plus que jamais besoin face à des menaces protéiformes. Leur longévité, leur adaptabilité et leur ancrage territorial en font un outil de résilience nationale dont l’utilité n’est pas à démontrer, mais à amplifier.

C’est là une responsabilité collective qui ne souffre ni délai ni demi-mesure.

Esprit de défense

Conférence de l’AR 18 « L’esprit de défense dans un monde fragmenté : quel engagement ? »
Par Nicolas Moinet, Professeur des universités

Dans le cadre de la semaine nationale dédiée à l’organisation de manifestations pour célébrer le cinquantenaire de l’Union IHEDN, l’AR 18 organisait le 3 octobre 2025, à Rochefort, en partenariat avec la mairie, une conférence sur la guerre économique avec Mme Claude Revel (150 personnes), puis le 7 octobre en partenariat avec l’IAE de l’Université de Poitiers, l’antenne IHEDN Jeunes de Poitiers et l’association CELL’IE des étudiants en intelligence économique une conférence-débat sur « L’esprit de défense dans un monde fragmenté : quel engagement ? ».

Cette manifestation a réuni dix intervenants venant d’horizons variés – enseignants, chercheurs, militaires, et réservistes – afin d’éclairer la jeunesse sur l’importance de la défense globale. Une centaine de participants étaient présent à Poitiers ou à distance. Les meilleurs moments peuvent être visionnés sur la chaine YouTube de l’IAE de Poitiers [1].

L’événement, introduit par Benjamin Dreveton, directeur de l’IAE de Poitiers, s’est inscrit dans l’ambition de cette école universitaire de management de former des futurs managers  « experts,  éclairés et  responsables »,  soulignant que le thème de l’engagement touchait directement le pilier de la responsabilité.

Paul Morin, président de l’Association Régionale Poitou-Charentes des auditeurs de l’IHEDN (AR 18), a posé le cadre géopolitique, affirmant que le monde est entré dans une ère où « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». Il a insisté sur le fait que les relations internationales issues des traités de la dernière guerre mondiale sont « totalement bafouées », nécessitant un renforcement du potentiel militaire, mais aussi une attention particulière à l’économie et à la langue, composantes essentielles de la nation. Dans ce monde fragmenté, la mission de l’IHEDN est de di »user l’esprit de défense, notamment auprès de la jeunesse, en lui transmettant une documentation sur la géopolitique et les rapports de force internationaux.

Nicolas Moinet, auditeur IHEDN- AR18, professeur à l’IAE de Poitiers en intelligence économique, a décrypté le nouveau paradigme stratégique, définissant la guerre non pas seulement comme l’affrontement, mais aussi comme la Compétition et la Contestation. La Compétition vise à « modeler » l’adversaire (par exemple, la dépendance européenne à l’armement américain ou le contrôle chinois de ports européens). La Contestation, insidieuse et lente, cherche à « disloquer » la volonté de l’adversaire (par exemple, la désinformation, les attaques cyber russes contre les hôpitaux ou les tentatives de manipulation sociale en France). Face à ce contexte, l’esprit de défense doit être plus global et stratégique et non seulement militaire. Chaque citoyen devient un « acteur clé de la guerre avant la guerre » par ses comportements numériques, économiques et sociaux, et doit être un « soldat de l’esprit de défense » par la maîtrise de l’information et la cohésion nationale.

En illustrant ces nouvelles menaces, Hugues Eudeline, membre associé de l’AR 18, membre de l’association des anciensoÆciers de Marine, a présenté la Chine comme une nouvelle thalassocratie. La Chine cherche à retrouver sa place de « centre du monde » (l’Empire du Milieu) d’ici 2049, en utilisant le hard power, combinant économie et puissance militaire, notamment maritime. La ftotte chinoise est massive (marine de guerre, garde- côtes, milice maritime). Son objectif est d’accéder librement à l’océan global, ce qui implique de « faire sauter le verrou de Taïwan » et de résoudre le « dilemme de Malaka ».

L’engagement de la jeunesse face à cette fragmentation a été analysé par Marc Fiard, secrétaire général de l’AR 18, avocat honoraire. Il a rapporté qu’une enquête menée sur les 18-25 ans révèle une crainte di »use d’une guerre civile en France,perçue comme un signe de connaissance des fractures sociétales. Néanmoins, 57 % des jeunes se disent prêts à s’engager dans l’armée en cas de guerre, et 62 % sont prêts à se battre.
Ce regain de patriotisme s’accompagne d’une confiance élevée envers l’armée (82 %), vue comme un modèle pour les valeurs de courage, d’engagement et de protection.

Pour Abderrazak Halloumi, auditeur IHEDN-AR 18, docteur en Histoire, l’engagement dans un monde fragmenté passe par laconnaissance et l’éducation. Dans la complexité actuelle, la connaissance et le savoir — incluant les sciences humaines — sont une « boussole » essentielle pour le discernement et deviennent une « forme de résistance » contre la désinformation.

Bernard Marimoutou, responsable de l’antenne de Poitiers des jeunes IHEDN, a détaillé comment l’association donne vie à cet esprit de défense. Leur mission auprès des 18-33 ans repose sur trois piliers : « Comprendre, Fédérer et Agir « . Il s’agit de comprendre les menaces hybrides, de fédérer un réseau civilo-militaire non partisan, et d’agir concrètement par des visites, des conférences et des simulations de gestion de crise (war games).

L’engagement citoyen a été concrétisé par la présentation de la réserve militaire. Didier Blazquez (auditeur IHEDN-AR 18) et Marc Galia ont expliqué les efforts de l’Université de Poitiers pour faciliter l’engagement des étudiants et du personnel dans la Garde Nationale. Enzo, sergent de réserve chez les chasseurs alpins, a partagé son expérience  d’étudiant  réserviste opérationnel. Il a insisté sur le fait que le réserviste est un militaire à temps partiel qui, malgré une formation initiale plus courte, partage les mêmes responsabilités que les militaires d’active lors des missions. L’engagement en réserve nécessite notamment le patriotisme et une volonté d’être « proactif ».

Enfin, Olivier Coussi, auditeur IHEDN-AR 18, enseignant-chercheur à l’IAE de Poitiers, a souligné que dans un monde fragmenté, la cohésion est essentielle pour contrecarrer la défiance. Son expérience d’auditeur de l’IHEDN lui a permis decomprendre que la défense est l’a »aire de tous et qu’elle repose sur les mêmes piliers que l’intelligence territoriale : « confiance, coopération et responsabilité partagée ». Son engagement se poursuit en tant que réserviste opérationnel au sein de la DGA qui cherche à augmenter ses réservistes (ingénieurs et Réserve Industrielle de Défense). L’esprit de défense, a-t-il conclu, est une « pédagogie du lien » et une éthique de la responsabilité partagée, visant à relier plutôt qu’à diviser, et à « comprendre pour mieux agir ensemble ».

[1] https://www.youtube.com/watch?v=EzrirZ27yOo

SOUMISSION OU SOUVERAINETÉ

La Constitution du 4 octobre 1958 stipule: « Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’Homme et aux principes de la souveraineté nationale ».

La souveraineté d’un État repose sur trois piliers : la capacité à exercer son autorité de manière indépendante sur son territoire, la liberté à s’organiser comme il l’entend et l’indépendance vis-à-vis des autres états.

Ce dernier pilier est aujourd’hui fortement fragilisé dans le domaine numérique, rouage essentiel du fonctionnement de l’État et de la société depuis la fin du XXe siècle.

 La souveraineté numérique : un enjeu vital

Elle recouvre plusieurs dimensions:

  • hébergement des données,
  • systèmes d’exploitation,
  • applications logicielles,
  • cybersécurité,
  • protection des données personnelles, industrielles et commerciales.

80 % des données françaises qui, pour beaucoup, constituent « l’or noir » de l’économie contemporaine, sont stockées aux USA ou dans des serveurs américains, ce qui revient à confier les clés de notre pays à un tiers.  

Quelques exemples significatifs :

  • Les données de santé des Français sont depuis 2019 hébergées par MICROSOFT dans le cadre du marché « Health Data Hub» (Plateforme de données de santé). Lors de son audition en 2024 par une commission sénatoriale, le directeur de MICROSOFT FRANCE n’a pas pu garantir que ces données ne pouvaient pas être transmises sans accord de la France ;
  • L’application FRANCE IDENTITÉ est téléchargeable sur GOOGLE PLAY et l’App Store ;
  • DOCTOLIB, site internet utilisé quotidiennement par des millions de français pour prendre un rendez-vous médical,  héberge ses données chez AMAZON ;
  • RENAULT, entreprise dont l’État est actionnaire, s’appuie sur GOOGLE pour ses données industrielles, ses véhicules équipés de GPS étant ainsi traçables ;
  • BPI FRANCE, banque publique d’investissement, organisme de financement et de développement des entreprises, fait enregistrer les demandes de crédit des entreprises françaises au sein d’une solution AMAZON ;
  • La région ÎLE-DE-FRANCE vient de confier la gestion de ses services informatiques à une société américaine ;
  • CIRIL GROUP, fournisseur de solutions cloud et de logiciels pour plus de 2 500 collectivités locales françaises, est racheté en 2025 par un fonds américain. Son positionnement au cœur de la commande publique en fait un acteur particulièrement sensible.
  • 85% des entreprises du CAC 40 hébergent leurs données chez MICROSOFT…

Les GAFAM captent chaque année des milliards d’euros de valeur ajoutée française, tout en exposant nos données aux lois américaines – une double ponction, économique et stratégique.

Conséquences stratégiques et sécuritaires

Les données sont généralement ensuite revendues. Elles peuvent aussi être communiquées, à leur demande, aux autorités américaines en application du « Cloud Act ».

C’est ainsi que le FBI a connaissance du profil génétique d’un million et demi de français qui ont envoyé leur ADN à des sociétés américaines de généalogie.

La société américaine PALANTIR (financée à l’origine par la CIA) fournit des outils d’analyse de données à la Direction Générale de la Sécurité Intérieure, exposant potentiellement les recherches de cette dernière aux services américains.

Cette domination pose un grave problème de souveraineté nationale et de sécurité.

S’agissant des ordinateurs, le système d’exploitation « Windows » de MICROSOFT et les applications « MS Office » écrasent toute concurrence en équipant 80 à 90 % des ordinateurs des particuliers, des entreprises et des administrations. Cette proportion monte à 100 % dans 2 ministères régaliens : les Armées et la Justice… La plupart des élèves de l’Éducation Nationale, de la formation professionnelle, des étudiants de l’enseignement supérieur sont formés sur « MS Office ». L’École Polytechnique a failli en adopter la dernière version…

Ceci n’est pas sans poser problème s’agissant de la sécurité. Les logiciels de MICROSOFT transmettent périodiquement des données sans consentement explicite des utilisateurs. Ils sont également les cibles privilégiées des cyberattaques, en raison de leur position dominante.

De même, les systèmes Android (GOOGLE) et iOS (APPLE) dominent la téléphonie mobile ; ils sont considérés comme de véritables « aspirateurs à données » :

  • Quand la BANQUE POSTALE demande à ses clients de télécharger sur « GOOGLE Play » l’application « Certicode + », elle fournit gratuitement à GOOGLE le nom et l’adresse IP du client concerné, ce qui complétera son profil commercial. En enregistrant les téléchargements, GOOGLE obtient aussi la liste nominative de tous les clients de la banque, laquelle devrait pourtant protéger à tout prix cette donnée stratégique majeure ;
  • L’association TEGO (ex- AGPM et GMPA) recommande aussi le téléchargement de son application mobile sur « GOOGLE Play ». GOOGLE pourra ainsi facilement rapprocher la qualité d’adhérent de TEGO, qui découle du téléchargement, avec sa géo-localisation. De là à en déduire à quelle unité militaire située à proximité appartient l’adhérent, il n’y a qu’un pas …
  • Le gouvernement est présent sur les réseaux sociaux (X, Facebook, Instagram, Youtube, WhatsApp). Sa communication, notamment envers les jeunes, est donc dépendante du bon vouloir des GAFAM, d’autant qu’elle est totalement absente des réseaux « libres » comme Mastodon.

Une dépendance organisée

Soumises aux lois américaines s’appliquant hors des USA, les « GAFAM » ont l’obligation légale de répondre aux demandes des services de renseignement américains, même si les données qu’elles gèrent sont situées à l’étranger. Il existe une grande porosité entre elles et ces services :

  • MICROSOFT a été la première entreprise à participer au programme de surveillance PRISM de la NSA ; elle a aidé celle-ci à avoir accès aux messageries « Outlook » et « Hotmail » ;
  • AMAZON a nommé en 2020 à son conseil d’administration l’ancien chef de la NSA, le général K.B ALEXANDER, qui a supervisé la surveillance de masse dénoncée par Edgar SNOWDEN ;
  • Le général P.M NAKASONE, également ancien directeur de la NSA, a rejoint en 2024 le comité directeur d’OPEN AI, société majeure de l’intelligence artificielle.
  • Peter THIEL, patron et cofondateur de PAYPAL et surtout de PALANTIR (Cf. supra), est un conseiller officieux du président TRUMP.
  • MICROSOFT, qui gère des services informatiques externalisés de la Cour Pénale Internationale, a coupé le courrier électronique du procureur, KARIM KHAN, suite à des mesures de rétorsion décidées par M. TRUMP.

Cette proximité et la mainmise totale des GAFAM sur l’Internet mondial ont permis, grâce aux informations obtenues, à GENERAL ELECTRIC de prendre le contrôle d’ALSTHOM, à FMC de mettre la main sur TECHNIP. Elles ont obligé TOTAL, SHLUMBERGER, ALCATEL, BNP, SOCIÉTÉ GÉNÉRALE, CRÉDIT AGRICOLE à payer des amendes colossales.

C’est ce dont prend acte implicitement la Cour de Justice de l’Union Européenne par l’arrêt « SCHREMMS 2» (2020), du nom de l’avocat qui a contesté le transfert des données opéré par FACEBOOK IRLANDE vers sa maison-mère aux USA. Ce jugement historique constate que les données à caractère personnel ne bénéficient pas aux USA d’une protection équivalente à celle délivrée en Europe, ce qui rend illicite leur transfert, sans encadrement spécifique, vers une société soumise au droit américain.

Le coup de tonnerre provoqué par l’arrêt « SCHREMMS 2 » aurait dû contraindre le gouvernement français à abandonner son acceptation tacite de la domination US. Il s’est malheureusement contenté de prendre acte de la décision de la Commission européenne du 10 juillet 2023 qui se satisfait hypocritement de la création aux États-Unis d’une Cour de contrôle de la protection des données (« Data Protection Review Court »), censée assurer, malgré le manque de transparence de a procédure, un niveau de protection équivalent à celui de l’Union européenne.

Toutefois, cette protection a été vidée récemment de son sens par le président TRUMP, qui a limogé quatre des cinq membres de cette Cour. Le transfert de données personnelles vers des sociétés  américaines demeure donc plus que jamais risqué.

Les alternatives existent

Une idée largement diffusée est qu’hors des GAFAM, il n’y aurait point de salut. Pourtant le potentiel européen est immense:

  • Malgré l’évolution exponentielle des besoins en stockage de données numériques, l’Union Européenne prévoit de tripler la capacité des centres de données sur le continent d’ici 2035, avec des investissements massifs dans des infrastructures durables et sécurisées:
  • Que ce soit pour les particuliers, les entreprises ou les administrations, le système d’exploitation « Windows » peut être avantageusement remplacé par son équivalent libre « Linux », dont la fiabilité et la robustesse sont mondialement reconnues, y compris par la NASA et l’US NAVY, qui en a équipé ses sous-marins nucléaires. L’Assemblée Nationale, la Gendarmerie Nationale l’utilisent depuis plus de 15 ans.   
  • S’agissant de la bureautique, les logiciels libres représentent une alternative performante et très économique aux produits MICROSOFT. La suite libre la plus populaire est « LibreOffice ». Elle comprend les mêmes modules que « MS Office » et est aussi performante. Elle en utilise sans difficulté les fichiers, tant en import qu’en export.  Des états comme le DANEMARK, des régions comme le Land de SCHLESWIG-HOLSTEIN, ou des villes comme LYON, ont d’ores et déjà choisi d’éliminer progressivement les solutions de MICROSOFT au sein de leur administration. L’université de STRASBOURG a déployé LibreOffice sur 12 000 postes, soient des économies estimées à 2,3 M€ sur 5 ans. A contrario, la Police Nationale doit, avec la migration de Windows 10 à Windows 11, remplacer un quart de son parc informatique, soit une dépense de 15 millions d’euros, coût des licences non compris…

De manière générale, la plupart des produits propriétaires, quelle que soit leur nature ou leur destination, ont une alternative libre. Les logiciels libres sont plus sûrs :

  • D’une part, leur code source est ouvert, c’est-à-dire libre d’accès, contrairement à celui des logiciels propriétaires. Cette situation permet donc à la communauté de repérer et réparer plus rapidement les failles logicielles, les erreurs et négligences de programmation.
  • D’autre part, n’étant pas soumis à une logique commerciale, les données techniques qu’ils récoltent sont strictement limitées à ce domaine et ne sont pas revendues.

Un choix politique et citoyen

L’Europe et la France peuvent donc restaurer leur souveraineté numérique et se détacher de la vassalisation actuelle envers nos « alliés » américains. Cet objectif n’est pas hors de portée.

Il faudrait pour cela une volonté politique ferme et durable. Bien que le Président de la République ne cesse de rappeler le caractère stratégique de la souveraineté technologique européenne, les discours et les actes du gouvernement sont contradictoires.

Certes, le gouvernement a choisi en 2018, de protéger les données françaises avec la doctrine « cloud au centre[1] » et le label « SecNumCloud ».

Mais:

  • Après avoir ouvert une brèche majeure dans la doctrine précitée avec l’affaire « Health Data Hub » (Cf. supra), il se dirige maintenant vers la labellisation d’offres d’hébergement hybrides comme  « Bleu » (Microsoft-Orange-Capgemini) ou « S3NS » (Google-Thalès).
  • En 2025, le Secrétariat Général du Gouvernement a choisi une entreprise étrangère contrôlée par des capitaux américains, au détriment d’une société française, pour renouveler le logiciel de surveillance des réseaux sociaux de l’ensemble des ministères français – y compris régaliens.
  • Le MINISTÈRE DES ARMÉES, malgré les déclarations répétées de son ministre sur l’importance cruciale de la souveraineté technologique, continue de préférer les applications MICROSOFT dans le cadre d’un accord  « open bar» passé sans appel d’offres en 2009, contre l’avis des experts militaires.
  • L’ÉDUCATION NATIONALE dépense en 2025 152 M€ en licences MICROSOFT. Cette décision très critiquable oriente des millions de jeunes vers ces produits à la fois payants et non souverains. Est-ce là la mission de ce ministère ?
  • La plupart des décisions prises ces dernières années dans le domaine du numérique renforcent les dépendances existantes. Si l’idée de souveraineté figure bien dans les discours officiels, elle est oubliée régulièrement dans les appels d’offres.

Il est donc mensonger de parler de souveraineté numérique. La Constitution de la République n’est clairement pas respectée. Seule une volonté politique lucide, forte et courageuse pourrait dégager la France des tentacules « étatsuniennes » en mettant en œuvre des solutions alternatives :

  • relocalisation des données en Europe;
  • interdire l’hébergement des données publiques chez les GAFAM ;
  • rendre obligatoire l’insertion d’une clause de non-soumission aux lois extraterritoriales étrangères dans tous les marchés publics comportant des prestations d’hébergement et de traitement de données publiques en cloud ;
  • application stricte de la doctrine « Cloud au centre » et refus de la labellisation « SecNumCloud » pour les sociétés qui ne sont pas soumises à un droit européen ;
  • abandon de la préférence générale donnée à MICROSOFT dans les services publics, aux Armées, et d’abord dans l’Éducation Nationale, afin de ne pas favoriser l’addiction des jeunes aux GAFAM;
  • respect des textes en vigueur qui incitent à choisir au maximum les logiciels libres.

Mais la souveraineté nationale, et donc la protection des données personnelles, sont aussi de la responsabilité de chaque Français.

Accepterions-nous que la POSTE ouvre nos lettres à notre insu et en exploite les données? C’est pourtant ce que font systématiquement, avec l’accord tacite de leurs clients, « GOOGLE » avec sa messagerie « GMail », MICROSOFT avec ses messageries « Outlook », et « Hotmail ».

En acceptant les produits des GAFAM, et aujourd’hui les logiciels d’IA, on n’importe pas seulement des outils, mais aussi un cadre mental complet : pas “Made in USA”, mais “Thinks like USA.”. Ce n’est pas seulement un service pratique, c’est en réalité une prise de contrôle douce.

La vraie question n’est plus seulement “Mes données sont-elles en sécurité ?”, mais « qui en contrôle l’accès, qui les interprète ».

La souveraineté numérique est LA condition de la liberté démocratique à l’ère du Cloud. 

Abandonnant le confort illusoire procuré par les applications dominantes, essentiellement américaines, chacun doit faire l’effort, quel que soit son niveau, de changer ses habitudes afin de protéger ses données personnelles qui constituent, en quelque sorte, son intimité, mais aussi les données transmises par ses interlocuteurs.

Chaque Français peut ainsi privilégier des alternatives comme LibreOffice ou OnlyOffice, ProtonMail ou Tutanota, Signal ou Olvid.

Chaque citoyen, chaque institution, chaque association, chaque entreprise participera ainsi, concrètement et activement, à la défense de la souveraineté de notre pays.

« Ainsi la première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude. Voilà ce qui arrive aux plus braves chevaux qui d’abord mordent leur frein, et après s’en jouent, qui, regimbant naguère sous la selle, se présentent maintenant d’eux-mêmes sous le harnais et, tout fiers, se rengorgent sous l’armure. »  [la Boétie]

Jacques TABARY – Auditeur IHEDN


[1]Les données sensibles (ex. : secret médical, sécurité nationale) doivent être hébergées sur des solutions cloud qualifiées « SecNumCloud », délivrées par l’ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information), pour garantir leur protection et conformité.

En casoar et gants blancs

Il y a 111ans. En casoar et gants blancs

         Dans la touffeur de ce début juillet en Gâtine profonde de Parthenay, fouillant dans notre vieille maison de famille un amoncellement de cartons remplis de livres, souvent antédiluviens, je suis tombé en arrêt sur un exemplaire, un peu défraîchi, de « En casoar et gants blancs » de Paluel-Marmont. 

Je reconnais cet ouvrage. Il m’a été donné par ma mère lorsque j’avais environ dix ans. Ma maman, fille, sœur, épouse, belle-sœur, et future mère et grand-mère de Saint-Cyrien savait ce qu’elle faisait. Membre de la glorieuse promotion Serment de quatorze, (1963-65) je relis avec soin et plaisir cette œuvre.

De retour à La Rochelle avec ma proie, en rangeant cette fois ma volumineuse paperasserie, je tombe sur le programme de notre gala parisien et le fascicule de notre baptême. Tous les deux reprennent, quasiment in-extenso le premier chapitre de ce livre « Le baptême au crépuscule ».

Je ne vous fais pas l’injure de vous retracer cet évènement et le serment de « monter à l’assaut en casoar et gants blancs » qui le suivit, ce 31 juillet août. 

Il est certain que relativement peu de Cyrards de la « Montmirail » et encore moins de la « Croix du drapeau » y participèrent, emportés pat l’enthousiasme d’Allard-Méeus, le « barde de la  Montmirail » et de Fayolle.  

D’ailleurs, en dehors de Paluel-Marmont, je n’ai trouvé que peu de traces de ce serment. Curieusement, le général Desmazes, vorace à la « Croix du drapeau », n’en fait pas état dans son histoire de Saint-Cyr éditée en 1948 (cadeau que me fit la promo de mon père, la Maroc et Syrie). 

Le général Carpentier, élève de la « Croix du Drapeau » y fait allusion dans ses mémoires sans dire s’il l’a prêté. 

Pour commentaires, tout ce que j’ai réussi à retrouver c’est un fielleux propos récent sur Internet qualifiant de « bravache » ce serment exalté. Fermez le ban… 

N’oublions pas qu’à cette époque, nous sommes dans la France du « Panache ». Cyrano et Chantecler sont des références populaires.

Je ne philosopherai pas sur ce serment qui a réellement existé. 

Il marque l’engagement, le sacrifice volontaire, le don de soi pour une cause supérieure, de jeunes gens enthousiastes, pénétrés de l’amour de la patrie. Ma réflexion est autre. 

Quelle a pu être l’éducation militaire de ces jeunes hommes qui a amené à une telle hécatombe dans les premiers mois de la guerre ?

Et j’en viens à la doctrine officielle de l’armée française en août 14, « l’offensive à outrance ». Ce n’est pas la doctrine de Joffre, le généralissime, organisateur plus que stratège. Il applique les idées d’autres idéologues. C’est plutôt celle des « Jeunes turcs » qui l’entourent dans son état-major, Gamelin en tête. C’est surtout la doctrine déclinée par Foch à la tête de l’Ecole de Guerre, dans les années précédentes. 

Cette idéologie fut conçue pour le niveau stratégique national, en réaction à la doctrine des « bonnes positions » qui nous amena inéluctablement à la défaite à Sedan, en septembre 1870, et en mépris de la ligne de fortifications Séré de Rivière, construite en réaction à la défaite dans les années 1880. 

Cette doctrine fut dénaturée en descendant l’échelle hiérarchique. 

Appliquée à la compagnie, elle fut à l’origine des journées sanglantes d’août 14 dont le sommet est le 22 août qui vit la mort de quarante-mille combattants, soit vingt-sept mille Français et treize-mille Allemands. 

La mitrailleuse allemande bien postée l’emporta toujours sur la baïonnette française, à bout de souffle  après des centaines de mètres de course sous la capote bleue et le pantalon rouge, couleurs des Gardes Françaises en 1789 ! 

L’auteur de cette théorie est connu. Il s’agit du chef de bataillon de Grandmaison qui écrivit en 1908 « Dressage de l’infanterie en vue du combat », puis prononça comme colonel  aux officiers du CHEM en 1911 deux conférences sur le même thème. Il mourût au combat à Soissons en 1915.

Comme Ardant du Picq une cinquantaine d’années plus tôt, voire comme le général Russe Souvorov à la fin du XVIIIème, il met en avant les forces morales. Jusqu’ici, rien de neuf.

Mais dans le feu de l’action, il dénie tout pouvoir préalable  au tir et fait confiance à l’exaltation morale du soldat. Ainsi écrit-il dans son premier ouvrage que « Le seul mode d’action de l’infanterie est le mouvement en avant par le feu ».

Donc, le feu n’est qu’un moyen pour permettre le mouvement en avant, principe absolu du combat. « Vaincre, c’est avancer » écrit-il encore. 

Et l’on avance parce que le soldat a le moral ! 

Il écrit aussi « Le feu du défenseur ne détruit pas l’assaillant, mais il le démoralise d’une façon assez profonde pour supprimer chez lui toute capacité d’effort ». Les combattants de la Marne apprécieront. 

C’est simplissime. Cela facilite l’instruction des unités.  

Grandmaison ignore totalement la formule de Pétain, son grand ancien, « Le feu tue ». Il n’a pas entendu Lanrezac s’exclamer « Attaquons, attaquons… comme la lune ». Il ignore totalement l’existence, donc l’emploi, de la mitrailleuse, pourtant née une quarantaine d’années plus tôt. Il ne connaît que Souvorof, relayé par le général Dragomirof, à la fin du XIXème « La balle manque son but, la baïonnette ne manque pas le sien ; la balle est une folle, la baïonnette est une luronne ». 

Et pour les cadres de contact, c’est tellement plus facile d’apprendre à une compagnie, une section, une escouade à courir éperdument baïonnette en avant que de la former à la combinaison  des feux et du mouvement, définition de la manœuvre.

En plus, l’auteur écrivît en conclusion « Il s’ensuit que l’officier français au combat doit être plus un donneur d’exemple qu’un donneur d’ordres ».

La mort héroïque d’Allard-Méeus, celle de Fayolle, premiers récits de l’ouvrage après celui du baptême, illustrent parfaitement, hélas, ces propos irraisonnés.

Général Philippe MOUNIER [Fantassin].

Colloque Cyber Rochefort

Intelligence artificielle : Un nouveau monde pour les professionnels de demain.

Le comité Charente-Maritime de l’Association régionale Poitou-Charentes des auditeurs de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense Nationale), en partenariat avec la Ville de Rochefort organise un colloque lundi 31 mars 2025, au Palais des Congrès.

Accueil dès 13 h 30 et début du colloque à 14 h 00.

Événement gratuit mais soumis à inscription.
Adresse du Palais des Congrès : 73 rue Toufaire – ROCHEFORT (17300)
Point de contact pour votre inscription : colloque@ihednpoitoucharentes.fr
Manifestation organisée dans le cadre des activités du trinôme académique du rectorat de Poitiers.

Les conférences du général Jean-Claude RODRIGUEZ

Europe de la Défense et PSDC

Par Jean-Claude Rodriguez
Général de division aérienne (2S)
Officier mécanicien de l’air et Ingénieur en génie nucléaire.
Ancien inspecteur technique de l’armée de l’Air.
Auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN)

Conclusion :
Faible réactivité militaire de  l’Union Européenne
Capacités militaires limitées 
Processus de générations de forces largement expérimenté 
La question de l’autonomie stratégique de l’UE par rapport aux États-Unis est posée

Les conférences du général Philippe MOUNIER

Par Philippe Mounier
Général de brigade (2S) 
Officier d’infanterie et Logisticien. 
Ancien commandant de la Base de transit interarmées.
Auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN)

La notion de Guerre Juste

La notion de guerre « juste » est-elle un oxymore, un paradoxe ou un dilemme? Cette question se pose depuis la nuit des temps. La guerre est une des plus vieilles activités humaines, intrinsèquement liée à la nature de l’Homme.
Elle semble inextinguible. Mais, nous pouvons répondre à cette interrogation en affirmant que la guerre « juste » doit rester un idéal. Celui-ci est certes difficile à atteindre. Mais cet idéal doit rester quand même un objectif, pour éviter de voir définitivement sombrer le monde dans la barbarie et l’inhumanité. Pour cela, après avoir essayé de définir ce qu’est une guerre « juste », nous verrons comment a évolué cette idée au fil des siècles, sous l’influence des religions, des penseurs et des politiques. Le tableau de la situation actuelle et sa projection dans le futur clôtureront cette brève analyse. Cette conférence n’est en aucun cas une pure conférence d’histoire militaire. Elle traite de l’essentielle question des relations humaines.
Général (2S) Philippe MOUNIER

Académie des Belles-Lettres, Sciences et Arts de La Rochelle
Conférence du Général Philippe Mounier
La notion de Guerre Juste
Mercredi 20 novembre 2024 à 17 h 00
Bibliothèque du Muséum d’histoire naturelle 28 rue Albert 1er – La Rochelle (17000)

Cedant Arma Togae

– Montpellier le 10 novembre 2022. Montage de Guy RAGEOT, le Ouèbemaître [Saint-Cyr – Serment de 1914 1965]
– Académie des Belles-Lettres, Sciences et Arts de La Rochelle
Conférence du Général Philippe Mounier
Cedant Arma Togae
Mercredi 15 mars 2023 à 17 h 00
Bibliothèque du Muséum d’histoire naturelle 28 rue Albert 1er – La Rochelle (17000)

Traités Sèvres 1920 – Lausanne 1923

Académie des Belles-Lettres, Sciences et Arts de La Rochelle
Conférence du Général Philippe Mounier
Les Traités de Sèvres 1920 et de Lausanne 1923
Mercredi 16 février 2022 à 17 h 00
Bibliothèque du Muséum d’histoire naturelle 28 rue Albert 1er – La Rochelle (17000)

Conférence-débat à Ruelle-sur-Touvre

ASSOCIATION NATIONALE DES OFFICIERS DE CARRIÈRE EN RETRAITE
des veuves, veufs et orphelins d’officiers
Reconnue d’utilité publique
Groupement Charente

Le président du Groupement Charente Patrick FISZPAN et tous les membres ont le plaisir et l’honneur de vous convier à assister à la conférence-débat qui sera donnée par le Général François CHAUVANCY, Rédacteur en chef de la revue Défense de l’Union-IHEDN, sur le thème :

« Situation géopolitique et militaire dans le monde : une période particulièrement instable…
Comment la France et l’Europe peuvent y faire face ? »

Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des
troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Consultant géopolitique sur LCI depuis mars 2022 notamment sur l’Ukraine et sur la guerre à Gaza (octobre 2023), il est expert sur les questions de doctrine ayant trait à l’emploi des forces, les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, la contre-
insurrection et les opérations sur l’information. Il est également Président de l’ANOCR.
https://www.conferences-inspiration.com/conferenciers/francois-chauvancy/

La conférence aura lieu le mercredi 19 mars 2025
dans le salon du théâtre Jean Ferrat de
Ruelle-sur-Touvre, place du Champ de Mars de 18 h à 20 h 00.
Entrée libre…
Merci de confirmer votre présence sur le mail ci-dessous avant le 16 mars 2025 :

president.anocr16@gmail.com

Colloque Cyber Angoulême

Comité Charentais – Colloque Cyber Criminalité Angoulême

Le comité Charente de l’Association régionale Poitou-Charentes des auditeurs de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense Nationale), en partenariat avec la Ville d’Angoulême organise un colloque jeudi 13 février 2025, à l’Espace Franquin, salle Buñuel.

Accueil dès 13 h 30 et début du colloque à 14 h 00.

Des stands permettront aux participants d’échanger directement avec les intervenants à l’issue du colloque.

Les entreprises, les collectivités, les citoyens et les jeunes sont conviés à cette journée qui abordera la thématique :

  • Impact de la cybersécurité sur nos sociétés
  • Continuité d’activité en période de crise
  • Le traitement des risques se déplace de la gouvernance des États vers leur traitement par les individus

Il ne s’agit plus de se défendre face à une éventuelle menace mais bien de réagir à notre niveau à une attaque réelle.

Une pluralité de questions auxquelles répondront des experts, chacun dans leur domaine.

Entrée libre sur inscription dans la limite des places disponibles (avant le 10 février) :

Faire de la stratégie 

Les quatre manières fondamentales de « faire de la stratégie »[1].
Par Jérôme BARTHÉLEMY – Publié le mercredi 22 janvier 2025

Avant de formuler une stratégie, il faut commencer par se poser deux questions : 

  • dans quelle mesure l’environnement est-il prévisible ?
  • dans quelle mesure l’environnement est-il malléable ? 

En fonction des réponses qu’on apporte à ces questions, on obtient quatre manières de « faire de la stratégie ». 

1. L’approche classique est recommandée lorsque l’environnement est prévisible mais pas malléable. La taille est alors la clé du succès. Mars est un bon exemple. Ses produits phares ont été lancés en 1923 (Milky Way), 1930 (Snickers), 1932 (la barre Mars), 1941 (les M&Ms) et 1979 (Twix). Dans un secteur relativement stable, Mars investit depuis des décennies pour bénéficier d’économies d’échelle et d’expérience supérieures à celles de ses concurrents. 

2. L’approche adaptative est recommandée lorsque l’environnement n’est ni malléable ni prévisible. Il faut alors donner la priorité à l’agilité. Zara est un bon exemple. Plutôt que de chercher à prédire les vêtements qui auront les faveurs du public, elle s’adapte en permanence à leurs desiderata.

3. L’approche visionnaire est recommandée lorsque l’environnement est à la fois prévisible et malléable. La clé du succès est alors la rapidité. Il faut être le premier à saisir les opportunités qui émergent. Au milieu des années 1990, il était clair pour une entreprise comme UPS que la vente en ligne était le futur de la logistique. L’entreprise américaine a alors investi près d’un milliard de dollars pour devenir un « acteur-clé du commerce électronique mondial ».

4. L’approche orchestratrice est recommandée lorsque l’environnement est malléable mais pas prévisible. Apple et Google ont utilisé cette approche. Comme il est difficile de savoir quelle ‘app’ connaîtra le succès, les deux entreprises américaines ont externalisé leur développement à des entreprises spécialisées. Elles se contentent de gérer un écosystème.

En bref, il n’y a pas d’approche unique de la stratégie. En fonction du caractère plus ou moins prévisible et malléable de l’environnement, une entreprise a intérêt à opter pour l’approche classique, l’approche adaptative, l’approche visionnaire ou l’approche orchestratrice. 

Source : Reeves, Martin, and Knut Haanaes. 2015. Your strategy needs a strategy: How to choose and execute the right approach. Harvard Business Review Press ; Wiltbank, R., Dew, N., Read, S., & Sarasvathy, S. 2006. “What to do next? The case for non-predictive strategy”, Strategic Management Journal, 27(10), 981-998.


[1] https://www.xerficanal.com/strategie-management/emission/Jerome-Barthelemy-Les-quatre-manieres-fondamentales-de-faire-de-la-strategie-_3753483.html?utm_source=sendinblue&utm_campaign=&utm_medium=email