Esprit de défense

Conférence de l’AR 18 « L’esprit de défense dans un monde fragmenté : quel engagement ? »
Par Nicolas Moinet, Professeur des universités

Dans le cadre de la semaine nationale dédiée à l’organisation de manifestations pour célébrer le cinquantenaire de l’Union IHEDN, l’AR 18 organisait le 3 octobre 2025, à Rochefort, en partenariat avec la mairie, une conférence sur la guerre économique avec Mme Claude Revel (150 personnes), puis le 7 octobre en partenariat avec l’IAE de l’Université de Poitiers, l’antenne IHEDN Jeunes de Poitiers et l’association CELL’IE des étudiants en intelligence économique une conférence-débat sur « L’esprit de défense dans un monde fragmenté : quel engagement ? ».

Cette manifestation a réuni dix intervenants venant d’horizons variés – enseignants, chercheurs, militaires, et réservistes – afin d’éclairer la jeunesse sur l’importance de la défense globale. Une centaine de participants étaient présent à Poitiers ou à distance. Les meilleurs moments peuvent être visionnés sur la chaine YouTube de l’IAE de Poitiers [1].

L’événement, introduit par Benjamin Dreveton, directeur de l’IAE de Poitiers, s’est inscrit dans l’ambition de cette école universitaire de management de former des futurs managers  « experts,  éclairés et  responsables »,  soulignant que le thème de l’engagement touchait directement le pilier de la responsabilité.

Paul Morin, président de l’Association Régionale Poitou-Charentes des auditeurs de l’IHEDN (AR 18), a posé le cadre géopolitique, affirmant que le monde est entré dans une ère où « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». Il a insisté sur le fait que les relations internationales issues des traités de la dernière guerre mondiale sont « totalement bafouées », nécessitant un renforcement du potentiel militaire, mais aussi une attention particulière à l’économie et à la langue, composantes essentielles de la nation. Dans ce monde fragmenté, la mission de l’IHEDN est de di »user l’esprit de défense, notamment auprès de la jeunesse, en lui transmettant une documentation sur la géopolitique et les rapports de force internationaux.

Nicolas Moinet, auditeur IHEDN- AR18, professeur à l’IAE de Poitiers en intelligence économique, a décrypté le nouveau paradigme stratégique, définissant la guerre non pas seulement comme l’affrontement, mais aussi comme la Compétition et la Contestation. La Compétition vise à « modeler » l’adversaire (par exemple, la dépendance européenne à l’armement américain ou le contrôle chinois de ports européens). La Contestation, insidieuse et lente, cherche à « disloquer » la volonté de l’adversaire (par exemple, la désinformation, les attaques cyber russes contre les hôpitaux ou les tentatives de manipulation sociale en France). Face à ce contexte, l’esprit de défense doit être plus global et stratégique et non seulement militaire. Chaque citoyen devient un « acteur clé de la guerre avant la guerre » par ses comportements numériques, économiques et sociaux, et doit être un « soldat de l’esprit de défense » par la maîtrise de l’information et la cohésion nationale.

En illustrant ces nouvelles menaces, Hugues Eudeline, membre associé de l’AR 18, membre de l’association des anciensoÆciers de Marine, a présenté la Chine comme une nouvelle thalassocratie. La Chine cherche à retrouver sa place de « centre du monde » (l’Empire du Milieu) d’ici 2049, en utilisant le hard power, combinant économie et puissance militaire, notamment maritime. La ftotte chinoise est massive (marine de guerre, garde- côtes, milice maritime). Son objectif est d’accéder librement à l’océan global, ce qui implique de « faire sauter le verrou de Taïwan » et de résoudre le « dilemme de Malaka ».

L’engagement de la jeunesse face à cette fragmentation a été analysé par Marc Fiard, secrétaire général de l’AR 18, avocat honoraire. Il a rapporté qu’une enquête menée sur les 18-25 ans révèle une crainte di »use d’une guerre civile en France,perçue comme un signe de connaissance des fractures sociétales. Néanmoins, 57 % des jeunes se disent prêts à s’engager dans l’armée en cas de guerre, et 62 % sont prêts à se battre.
Ce regain de patriotisme s’accompagne d’une confiance élevée envers l’armée (82 %), vue comme un modèle pour les valeurs de courage, d’engagement et de protection.

Pour Abderrazak Halloumi, auditeur IHEDN-AR 18, docteur en Histoire, l’engagement dans un monde fragmenté passe par laconnaissance et l’éducation. Dans la complexité actuelle, la connaissance et le savoir — incluant les sciences humaines — sont une « boussole » essentielle pour le discernement et deviennent une « forme de résistance » contre la désinformation.

Bernard Marimoutou, responsable de l’antenne de Poitiers des jeunes IHEDN, a détaillé comment l’association donne vie à cet esprit de défense. Leur mission auprès des 18-33 ans repose sur trois piliers : « Comprendre, Fédérer et Agir « . Il s’agit de comprendre les menaces hybrides, de fédérer un réseau civilo-militaire non partisan, et d’agir concrètement par des visites, des conférences et des simulations de gestion de crise (war games).

L’engagement citoyen a été concrétisé par la présentation de la réserve militaire. Didier Blazquez (auditeur IHEDN-AR 18) et Marc Galia ont expliqué les efforts de l’Université de Poitiers pour faciliter l’engagement des étudiants et du personnel dans la Garde Nationale. Enzo, sergent de réserve chez les chasseurs alpins, a partagé son expérience  d’étudiant  réserviste opérationnel. Il a insisté sur le fait que le réserviste est un militaire à temps partiel qui, malgré une formation initiale plus courte, partage les mêmes responsabilités que les militaires d’active lors des missions. L’engagement en réserve nécessite notamment le patriotisme et une volonté d’être « proactif ».

Enfin, Olivier Coussi, auditeur IHEDN-AR 18, enseignant-chercheur à l’IAE de Poitiers, a souligné que dans un monde fragmenté, la cohésion est essentielle pour contrecarrer la défiance. Son expérience d’auditeur de l’IHEDN lui a permis decomprendre que la défense est l’a »aire de tous et qu’elle repose sur les mêmes piliers que l’intelligence territoriale : « confiance, coopération et responsabilité partagée ». Son engagement se poursuit en tant que réserviste opérationnel au sein de la DGA qui cherche à augmenter ses réservistes (ingénieurs et Réserve Industrielle de Défense). L’esprit de défense, a-t-il conclu, est une « pédagogie du lien » et une éthique de la responsabilité partagée, visant à relier plutôt qu’à diviser, et à « comprendre pour mieux agir ensemble ».

[1] https://www.youtube.com/watch?v=EzrirZ27yOo

La guerre économique

RAPPORT D’INFORMATION N° 1757 / ASSEMBLÉE NATIONALE

Le présent rapport sur la guerre économique, initialement prévu pour être présenté en 2024, n’avait pu être publié en raison de la dissolution de l’Assemblée nationale. L’arrivée de M. Donald Trump à la présidence des États-Unis, la menace d’une remontée brutale des droits de douane et la bascule stratégique globale initiée par l’allié historique de l’Europe n’ont fait que confirmer les constats posés par le rapporteur spécial il y a un an.

La guerre est bien de retour, sous toutes ses formes : la guerre traditionnelle, celle que l’on observe en Ukraine, dans certains pays d’Afrique et au Moyen-Orient ; la guerre hybride, qui se déploie à coups d’ingérences étrangères, de cyberattaques ou encore de manipulations de l’information ; et la guerre économique, qui oppose nos entreprises à celles de nos compétiteurs stratégiques.

Guerre économique

Guerre économique. Qui est l’ennemi ?
Par Lucie Laurent et Nicolas Moinet

Collectif

OCTOBRE 2022
ISBN : 9782380943207
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Nouveau Monde éditions et l’École de guerre économique s’associent pour créer Guerre économique.  La publication annuelle de référence sur les guerres de l’ombre qui secouent l’économie française.

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 https://www.youtube.com/watch?v=4WvxslZMM1I 

Guerre de l’information, espionnage économique, cyberattaques, guerres hybrides, démantèlement industriel, déstabilisations financières… Les entreprises françaises sont devenues des cibles.
Guerre économique est le premier ouvrage annuel qui décrypte les guerres de l’ombre qui mettent en danger notre économie.
Qui menace les intérêts français ? Pas toujours ceux que l’on croit :
– des adversaires mais aussi des alliés : États-Unis, Chine, Russie, Allemagne…
– des mafias
– des fonds d’investissement
– des GAFAM
– et même d’anciens hauts responsables français.
 
Une publication de l’École de guerre économique, pionnière sur le sujet depuis 1997, par son centre de recherche 451 composé :
– d’experts reconnus sur le sujet : Christian Harbulot, Ali Laïdi, Nicolas Moinet
– de professionnels de l’intelligence économique
– d’un philosophe (Dany-Robert Dufour), l’ex-espion devenu lanceur d’alerte (Maxime Renahy), des journalistes et des historiens.